* Version moderne du
Cid de Corneille « je ne veux pas mourir sans avoir combattu »
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Ceci est un témoignage, le témoignage d'un père sur
une vie de famille traversée par quinze années d'oppression judiciaire.
Pourquoi témoigner ? De quoi ? Devant qui ? Voilà les questions simples
qui viennent à l'esprit à l'aube de ce témoignage.
Pourquoi témoigner ?
Parce que j'espère en la guérison de l'écriture.
Parce que je comprends que l'on peut être riche de ce qui nous a blessé.
Parce que je veux aussi participer à la communion des victimes, celles
qui se dressent pour lutter contre l'horreur vécue, et réunissent
leurs forces pour dire " Plus jamais ça ".
Parce que, enfin, ils ne m'ont pas tout à fait tué.
Je ne suis pas tout à fait mort et je souhaite partager cette bonne
nouvelle avec mes concitoyens. Je ne laisserai pas aux chiens la victoire
de ma mort.
De quoi témoigner ? Ce que j'ai vécu est une chose, et la manière
dont je l'ai vécu, une autre.
Je veux laisser la manière dans l'ombre de la pudeur, et mettre en
lumière ce qui a été étouffé par le droit, dans la vérité que je portais.
Agressée et interdite par un procès judiciaire qui l'a moquée, ma
vérité a besoin de l'espace qu'elle n'a pu se frayer jusque dans le
cur et dans l'esprit de mes enfants où des éclats du combat
judiciaire sont parvenus.
Ce qui m'importe de dire dans cette vérité, après que le droit a donc
parlé, c'est ce qu'il a voulu étouffer dans l'humanité que je portais
; c'est de dire les ruses qu'il emploie pour le faire. Il m'importe
de déjouer sa trame récurrente, diviser pour régner, et de partager
ce vécu.
Mon intention n'est pas de dénigrer la force dont le droit a besoin
pour jouer pleinement le rôle de pacificateur dans les sociétés, mais
elle est de montrer les abus de cette force et ses violences, les
tricheries de ceux qui, au lieu de servir honnêtement l'idéal de justice,
veulent en devenir les maîtres.
Ce témoignage est donc le récit d'une folie judiciaire.
Folie, car l'appareil judiciaire et législatif censé rendre aux citoyens
une justice confisquée, incapable de prévenir la violence et de résoudre
le conflit, s'est au contraire appliqué à faire grandir le mépris
et l'incompréhension, à multiplier les violences et à rendre ce conflit
insoluble.
Folie également de l'appareil du droit qui mine, dans une domination
immorale, le lien relationnel familial et social, jusqu'à le pourrir
parfois ; folie enfin de cet appareil qui pervertit le langage et
le sens de la faute, et masque ses méfaits sous l'appellation d'"
intérêt de l'enfant ".
Devant qui témoigner ? Je ne m'attelle pas à ce témoignage pour refaire
un procès déjà fait ; je n'exposerai donc pas, dans le détail, les
arguties juridiques des uns et des autres dans cette histoire ; ces
aspects, qui ont eut leur importance, sont maintenant classés dans
les choses qui n'en ont plus, car la justice que j'ai connue ne fut
pas une justice, mais un jeu où les dés étaient pipés.
Or la justice n'est pas un jeu, elle est une politesse.
Mon intention est de montrer, au travers de ce témoignage, comment
le droit manque à cette politesse ; comment il est sourd aux paroles
qu'il prétend entendre, lorsqu'il s'agit de père et d'enfant ; comment
il pervertit le sens du bien et du juste en régnant sur la notion
d'intérêt de l'enfant ; comment il manifeste sa violence dans ses
palais et chapelles et trompe l'humanité sur ses fins ; comment, en
finale, il rejoint le cortège des adorateurs de la bêtise humaine.
Mon intention est de parler à tous ceux et celles qui créent le droit
et l'inspirent, et que cette parole aide à faire " le procès
du procès judiciaire " que je crois nécessaire.
Je souhaite que ce témoignage soit utile à mes enfants, qu'il leur
apporte la vérité dont ils n'ont pu être nourris, et que la confusion
du droit et son bruit ont couverte ; qu'elle les aide à faire grandir
leur autorité, délivre leur vérité et libère leur parole, interdites
par la violence.
Je souhaite qu'il déborde au-delà du cercle familial ; qu'il aide
à comprendre et à éradiquer les violences faites aux pères, à leurs
familles et à leurs enfants.
Je souhaite qu'il aide à comprendre les violences faites au nom des
enfants.
Je souhaite enfin qu'il aide les femmes et les mères que les violences
judiciaires dressent contre leurs compagnons et enfants, et emportent
dans la tourmente de l'intolérance. |