2002
: Voilà 15 ans que ma famille a été dispersée à la suite
d'une séparation.
Depuis ce temps là, indifférence et mépris, violences, insidieuses
ou déclarées, ont occupé une scène judiciaire où mon existence
et celle de mes enfants n'ont été que trop exposées.
La justice, attendue, fut bien trop absente de cette scène.
Je n'ai du de survivre qu'à la force de
l'esprit : certainement pas à celui
du droit, peut être à celui du dieu lointain de l'enfance,
mais plus probablement à celui né du parcours parmi les
hommes et les femmes, bien vivants, parmi mes enfants,
mes amis, mes auteurs préférés dont les écrits me vivifiaient
quand le droit assassinait ma famille.
Mais, s'il se fait assassin, le droit
ne régente pas pour autant la vie. Heureusement, dans
son mouvement même, elle lui échappe.
Mon existence ne se résuma donc pas à la folie judiciaire
qui régnait sur une partie d'elle comme sur un territoire
occupé. Et quand il arrivait que le droit se taise enfin,
l'écriture venait comme une compagne bienveillante.
La non violence fut une découverte vitale.
Quelques stages sur le plateau du Larzac, de l'amitié,
les lectures et l'étude attentive de quelques auteurs
ont eu raison, à la longue, des moments de nostalgie qui
me renvoyaient au lien religieux de l'enfance. Les uns
et les autres m'ont aidé à inventer une vie et nourrir
un esprit mieux à même d'affronter les contrariétés du
destin.
Les échanges, dans la constellation des
associations de la Condition Paternelle ou de l'Enfance,
avec d'autres hommes et femmes vivant les affres de tourments
semblables et devant affronter les mêmes combats, ont
été un puissant moyen pour m'ancrer dans les réalités
de mon existence.
Si c'était à refaire ...
Bien sûr, je mènerais le même combat;
c'était, et c'est toujours un combat pour la vie, il fallait
donc le mener; et il faudra aussi à ceux et à celles qui
nous suivent, le poursuivre encore, car il n'est pas terminé.
Si c'était à refaire,
je mettrais encore mon espoir dans la justice car je crois
cet espoir consubstantiel à la vie, mais je n'accorderais
pas à l'institution, la confiance aveugle qu'elle réclame
car je l'en crois maintenant indigne.
Si c'était à refaire,
j'essaierais de fonder mes conduites sur la règle consistant
à " ne jamais coopérer avec ses oppresseurs ", fussent
ils du coté du droit, et d'assumer les conséquences de
ce choix; j'accorde désormais une confiance raisonnée
à cette idée, inscrite dans la philosophie de la non violence,
et à ceux qui la portent.
Je crains cependant que cette pensée soit
bien peu répandue dans le milieu judiciaire, largement
indifférent et aveugle à ses propres nuisances et oppressions.
Il importe donc de mon point de vue que les citoyens se
saisissent de la question primordiale de la confiance
à accorder à leur système de justice familiale, et, à
cette fin, se donnent les moyens
nécessaires .