La Bélogue
Contes et légendes

Le cratère à Feschy

jeudi 26 novembre 2009 par Paul FAICHE

« Ou fozi ïn gente bou de tian, io ména, que lʼenveyo me yʼère de sopoe porque le crataïre à Feschy, o lʼan botyizo comi tian. »

Fleury Feschy a déjà passé les nonantes années. Il se sent bien vieux. Lʼhiver a été épouvantable et le printemps tarde à pointer son museau.
Sentant quʼil ne verra pas le printemps, son heure venue, le Fleury fait préparer une dame jeanne de gnole de 20 ans, demande ses habits du dimanche, et sʼallonge, bien décidé à ne se lever que pour aller voir Saint Pierre.

Il avait entendu la cloche sonner les heures, les demies et les quarts ; il avait marmonné ses patenôtres et dit à la Marguerite, sa voisine venue lui rendre visite, que « si par des fouès elle entrevoya lʼcura », elle lui demande de venir prendre et bénir la goutte chez le Fleury. Mais quʼil vienne vite, et aussi avec ses instruments, car on nʼest jamais trop prudent.

Le soir tombant, le curé étant passé et ayant fait son affaire, la goutte ayant été bien bue et bien bénite, et la dernière soupe bien lichée, alors du revers de sa main il essuie sa moustache argentée ; et puis, il sʼinquiète auprès de son entourage pour savoir si la Blanchette avait été bien traite ce soir, jusquʼau bout, et combien elle avait donné. Sur cette assurance, tout ayant été bien fait et bien dit, le Fleury, serein, entreprend alors le voyage vers Saint Pierre.

Lui qui a tracé des sillons bien droits toute la vie, ne doute pas un seul instant quʼil y aura bien pour lui, chez Saint Pierre, au moins un petit strapontin.
Laissant le corps et le costume sur terre, aux bons soins du curé et des vivants, lʼesprit du Fleury sʼenvole vers le ciel, muni de la paire dʼaile que Saint Pierre vient de lui faire livrer.

Curieux de ce dernier voyage et du moyen de transport, mais aussi un peu patichonné de quitter cette terre si longuement et amoureusement labourée, bien quʼelle lui ait joué quelques tours pendables, il jette un oeil vers le bas, et voit la terre sʼéloigner.

Il repère le coin où il a vécu, qui domine le Pojoux et jouxte le plateau de Flandre qui sʼétire en éperon vers Champagny. Il voit le ruisseau des pinots qui prend sa source au pied de chez lui, puis se jette dans celui des pins ; il voit aussi le ruisseau de la Gaïse et aperçoit alors la Loire qui passe à Saint Priest la Roche.

Un frisson le prend ; cʼest là, pas bien loin, à quelques heures de marche, quʼil sʼen était allé chercher son Anne Tévenon « que lui navions donna de ben bieaux nʼéfants et que fut tant amitieuse ». Il allait sûrement la revoir, elle qui avait rendu lʼâme, voilà bien15 ans. En allant la chercher, il avait vu la Loire, tumultueuse et tourbillonnante entre ses rives rocheuses ; après avoir posé les galoches et retroussé les braies, il y avait même trempé un orteil, oh ! rien de plus, car le Fleury avait un peu le mal dʼeau. Il avait bien essayé de se soigner, mais cʼest pas lui qui serait allé voir de lʼautre coté de la Loire, même en passant par le pont.

Poursuivant lʼascension sur ce paysage familier, de monts et de vaux, le Fleury est soudain intrigué : juste à coté de ses terres, du matin au midi, un rond, bien boisé, bien rond, comme un gros trou.

« Ben vin diou ! yé un sacré trohu », sʼétonna notre Fleury, perplexe, qui nʼen avait jamais vu de si gros, « Pʼtête ben si grandiose qʼlo parouësse ! Césʼrait tʼy pas un trohu de balle ! pʼtêt que san Piar in dʼzoyant o boles en o fran laïssé tomba oune po ter ! Ou pʼtêtre ben, que cʼsero oune éstoile quo fi la, o incor oune coup do corgniou. »

Tout à sa perplexité, voilà quʼil était rendu, et le Fleury frappa lʼhuis qui le séparait de son lieu de retraite éternelle. Saint Pierre qui était pas loin, lui ouvrit de suite et lʼaccueillit chaudement.

Ah ! le Fleury, je tʼattendais !

Fleury sortit alors la dame jeanne de gnole quʼil avait eu la prudence dʼemporter pour le voyage et lʼoffrit à Saint Pierre, en lui disant :

« Tʼso tʼy pas, San Piar, ben, en vʼnant, dzʼai ben vu oune draôule de machin. A cʼté de mo ter, ben yʼa un gros trohu, ben rond. Nʼlʼavions dzamais vu, et portant dzʼy avions fauché, maintes fouès. Ce sʼrait y po qʼle bon Diou y aurions dzoué o boles par là ? »

Alors Saint Pierre qui venait dʼouvrir la dame jeanne et de renifler la goutte, prend son Gps, met lʼadresse au Fleury, regarde sur terre dans la direction indiquée et puis sʼécrie :

« Bogre de con ! yé pas un trohu, yé oune crataïre !! Gade don, lo Fleury, dze te lo baptizio. O yé tian maintenin ! », et il arrosa le cratère de quelques gouttes de la précieuse gnole que le Fleury avait apporté dans sa dame jeanne.

Et voilà bien la vérité vraie sur lʼhistoire du cratère à Feschy.

« Crézieo me, io mena, ço ben dʼSan Piar quʼle crataïre au Feschy y tian son nouom. Nʼy o point dʼbojasserie dyïn cʼtʼhistouëre ; o seri pas onète de tzʼo garda po me te sou. Yo tian listouëre dyïn vegnu de fomille o Fleury qua tejour demeuro essi. »


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Le cratère à Feschy

26 novembre 2009
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