La Bélogue

A quelles conditions la Finance pourra t’elle devenir Durable ?

Par « Finance Watch »
samedi 9 décembre 2017 par INVITES

C’est devenu une évidence que la transformation du système financier au cours des trois dernières décennies, parfois qualifiée de « financiarisation » de l’économie, a contribué de manière significative à accélérer la dégradation de l’environnement, accroître les inégalités et affaiblir les normes de protection sociale. Suggérer que la finance peut soutenir une transition vers une économie durable, c’est inverser l’approche actuelle.
Pour que la finance devienne vraiment durable, elle doit opérer une vértitable conversion. Nous devons penser différemment son développement et son impact sur la société et sur l’économie. L’association Finance Watch met l’accent sur 6 points, 6 conditions, à cette transformation.

1 - Définir la voie de la durabilité de l’économie

Pour que le système financier serve la société, les besoins de la société doivent être définis.
L’Accord de Paris et les ODD sont des déclarations d’intention : ils ne constituent pas une feuille de route pour l’action. Pour que ces objectifs deviennent une réalité, nous devons les traduire en plans nationaux détaillés, avec la nécessaire coordination internationale, incluant les étapes importantes, secteur par secteur, de transformation de l’économie. Ce n’est qu’à ce moment là que la société pourra prioriser ses besoins de financement et optimiser la conception du système financier, de ses mécanismes, structures et produits financiers.
Sans cette étape de définition des besoins de financement de la société, les décideurs en charge de l’architecture financière mondiale, les régulateurs et les praticiens au sein des institutions financières existantes (publiques ou privées) marchent les yeux bandés.

2 - Mettre en place une régulation économique

Atteindre le développement durable signifie un développement durable dans
l’économie elle même, en changeant la nature des incitations économiques qui y prévalent. Nous ne pouvons pas prétendre dé-carboniser notre économie lorsque seulement 15% des émissions de CO2 sont évaluées dans le monde, à un prix moyen de 22 dollars la tonne, alors que le prix requis pour passer à une économie sobre en carbone se situe entre 50 et 80 dollars la tonne . Ce ne sont pas seulement les émissions de carbone dont les prix doivent être fixés, mais aussi les autres émissions de gaz à effet de serre, toutes les dégradations du capital naturel, y compris l’eau, les puits de carbone et la biodiversité, et les dommages causés au capital social et humain.
La tarification des externalités environnementales négatives est une condition préalable à la durabilité.

3 - Stabiliser le système financier

L’instabilité du système financier est un obstacle majeur aux investissements à long terme que requiert le passage à la durabilité.
L’effet de levier des institutions financières mondiales d’importance systémique est encore trop élevé et des risques substantiels subsistent dans leurs bilans, notamment des menaces telles que les niveaux excessifs de dette privée et publique, les déséquilibres mondiaux sur les marchés financiers, l’absence d’un système monétaire international et la distorsion des taux d’intérêt provoquée par les politiques d’assouplissement quantitatif du G7 après la crise. La fragilité des institutions financières est une source d’instabilité pour les gouvernements et les investisseurs qui savent qu’ils devront peut-être les sauver.
L’autre aspect de cette pièce est que les actionnaires bancaires, avec relativement peu d’actions en jeu, peuvent bénéficier de prises de risques, comme parier sur des marchés dérivés ou prêter à des entités bancaires parallèles dont les activités de risque ne sont pas contrôlées.
Une réforme structurelle et un plafonnement ambitieux et contraignant de l’effet de levier réduiraient l’appétit des banques pour le risque spéculatif, les ouvrant à d’autres opérations telles que les prêts à long terme à l’économie réelle. Cela protégerait aussi le bilan des gouvernements et la société de la menace des renflouements bancaires

4 - Rendre l’offre de la finance publique à nouveau attractive

Les finances peuvent jouer un rôle important dans la transition, car le système financier alloue des capitaux aux investissements qui façonneront l’économie de demain. Le problème principal est l’orientation de ces investissements. Après 30 ans de libéralisation et de déréglementation, nous avons principalement abandonné les efforts visant à orienter la circulation des capitaux vers les marchés. Pourtant, les multiples crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui - le changement climatique pour n’en nommer qu’un - requièrent une re-direction urgente.
La transition vers la bonne voie impliquera donc de manière significative le bilan des gouvernements et de toute la gamme des institutions financières publiques ou parties prenantes dirigées, dont le changement climatique ou les ODD ne constituent pas un risque ou une opportunité parmi d’autres, mais l’élément pivot

5 - Règlementer les marchés financiers pour servir la société

En plus de créer des incitations économiques, de stabiliser les institutions financières et d’équiper les finances publiques pour soutenir la transition, nous devons réglementer les institutions financières privées afin qu’elles soient incitées à servir la durabilité.
Un bon début serait de rétablir un certain degré de contrôle démocratique de la création et de la répartition du crédit et du capital, afin que les banques et les marchés financiers ne puissent pas ignorer ou saper les objectifs de durabilité. Il est également important de normaliser la définition des produits et services de la finance durable. Les normes devraient être élaborées par les gouvernements conformément à leurs objectifs en matière d’économie durable. Alors que certains paramètres sont déjà bien développés tels que les émissions de CO2, il est nécessaire de travailler sur des données dans de nombreux autres domaines de la conservation du capital naturel, tels que la pollution de l’eau, la dégradation des sols ou la protection de la biodiversité.
Le développement d’une métrologie est également une condition préalable à la tarification des externalités. Les rapports des investisseurs devraient être standardisés, de sorte que la contribution d’une catégorie donnée d’investisseurs ou de produits d’investissement puisse être mesurée au niveau mondial. Les labels d’investissement durable pourraient être délivrés par un organisme public, là encore conformément aux objectifs politiques. Les obligations légales des investisseurs devraient inclure des objectifs d’investissement de durabilité, définis, non par eux-mêmes, mais en référence à des normes externes appropriées.

6 - Engager les investisseurs individuels et les travailleurs du secteur financier dans la voie durable

Les investisseurs individuels ont une appétence pour les investissements durables. Cette appétence augmentera inévitablement dans les économies avancées, au cours des deux prochaines décennies, lorsqu’une part importante de l’épargne passera des baby-boomers à la génération suivante du millénaire. Pour accélérer le passage à la durabilité, la pression exercée par les déposants et les épargnants individuels est un moteur important du système financier et des gouvernements. Une meilleure information et promotion des produits financiers durables leur sera faite.
Etant habilités à changer leurs organisations de l’intérieur, les travailleurs du secteur financier se verront confier le mandat d’agir dans le meilleur intérêt à long terme de leurs clients.


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