La Bélogue
Immigration, fantasmes et réalités

Pour une alternative à la fermeture des frontières

Travailler tous pour gagner tous
mardi 9 février 2010 par Antoine SEREINE

Le premier choc pétrolier en 1973 fut une conséquence conjuguée de la guerre israélo arabe du kippour et de la faiblesse du dollar qui poussait alors à la baisse les revenus des pays producteurs de pétrole. Il va entraîner une crise dans le monde occidental et la montée du chômage. Alors le gouvernement français va réagir à la situation, entre autres, en suspendant l’immigration de travail.

Face aux fantasmes et aux mensonges actuels dans les discours relatifs aux migrations, l’ouvrage collectif "Immigration : fantasmes et réalités", édité par La découverte et rédigé sous la direction de Claire Rodier et d’Emmanuel Terray, veut montrer la réalité des situations et des politiques de l’immigration et susciter le débat pour renouveler les visions altérées par les discours sécuritaires et économistes.

Rédigé d’après la lecture de cet ouvrage, ce billet est une contribution au débat qu’il veut susciter.

La décision de suspendre l’immigration de travail, prise par le gouvernement français en 1974, va se transformer, au fil des années, en véritable prurit sécuritaire, qui, telle une contagion virale, va se propager jusqu’à nos jours dans les milieux de la droite politique, mais aussi de la gauche, dans les processus administratifs ayant trait à l’immigration, à l’identité … et dans l’esprit des français pour y faire quelques ravages.

Cette suspension va, par contagion là encore, toucher toutes les composantes de l’immigration, rassemblement familial, droit d’asile, séjours d’études …

Le parcours d’un migrant va alors devenir un véritable parcours d’obstacles auquel seront asservis les postulants, dans lequel sera sacrifiée et discriminée la liberté d’aller et venir, laquelle sera alors mise sous le joug de l’arbitraire administratif et des passions politiques.

Le territoire va se couvrir de centres de rétention et les sans papier se multiplier ; l’administration de l’immigration va multiplier les chicaneries, transformer le droit en loterie et en machination, avec l’invention de la charterisation, machine à expulser, semant ainsi malheurs, désespoirs et colères qui vont s’amplifiant.

Dans le même temps, l’état républicain se transforme peu à peu en état policier, prompt à dégainer gardes à vues et expulsions brutales, multipliant les bavures.

Pendant ce temps aussi, aux frontières, européanisation aidant, une véritable chasse au migrant va s’établir avec la mise en œuvre de moyens policiers à la limite du guerrier.

L’onction politique des gouvernements consacre alors toute cette activité anti-migrant en véritable « guerre des migrations » dont les victimes se comptent aujourd’hui par centaines de milliers, les morts, les sans papier, mais aussi l’esprit républicain, la démocratie et ses forces vives, la solidarité internationale, les consensus nationaux …

La « guerre des migrations », c’est la karchérisation généralisée, à l’échelon européen, dans laquelle réapparaissent les aspirations néo-coloniales des états, pris dans l’étau du néolibéralisme dont l’Europe, en construction, s’est faite le relais et le chantre.

Inutile de dire que toute cette activité qui va de la législation anti-migrant à leur expulsion, en passant par la montée des effectifs policiers, la construction de lieux de concentration et rétention, est décomptée comme croissance, puisqu’elle fait croître le PIB !!! Voilà la valeur ajoutée de l’activité anti-migratoire qui produit sa misère de part et d’autre des frontières.

Croissance improductive et même totalement contre-productive que cette production d’expulsions, de sans papier et de misères, d’autant plus qu’elle cache aux citoyens français et européens son coût qui se compte par milliards d’euros chaque année.

Contrairement à ce qui se passe en France où la pensée unique et réductrice des pouvoirs du moment fait obstacle à une réflexion saine et prospective, aux Usa, en Grande Bretagne, en Espagne et en Italie, les pouvoirs publics ont commandité des études pour examiner l’immigration sous l’angle de ses apports. Et là, la conclusion est claire, l’immigration présente un apport positif dans l’économie de ces pays.

Pourquoi ne le serait elle pas en France ?

La profitation

Alors quels sont les profiteurs de cette guerre de l’immigration ? Qui a intérêt à faire de l’immigration le bouc émissaire des difficultés économiques des temps présents.

Ils sont nombreux.

En premier, il y a les prêcheurs à l’origine de cette croisade moderne, c’est à dire les politiciens qui spéculent sur les questions d’immigration, prennent leur bénéfice lors des échéances électorales et trouve leur gloire dans la corruption du droit international constitué depuis la seconde guerre mondiale.

Ensuite, intérêts économiques obligeant, il y a les employeurs et industriels, toujours prêts à faire pression localement sur les rémunérations du travail ou à le délocaliser. Il y a aussi tous les industriels de la sécurité qui bénéficient de la bulle sécuritaire qui grossit pour leur plus grand profit.

Il y a aussi toute l’activité mafieuse des passeurs et corrupteurs qui se développe au rythme où les frontières se dressent et se ferment, pour les contourner, et qui profitent indirectement de la manne dispensée pour contrôler les flux migratoires.

Il y a enfin tout la sphère financière libérale qui participe activement de cette guerre et excelle à faire remonter vers elle des profits grandissants jusqu’à l’obscène, en dîmant la quasi totalité de l’activité humaine.

Travailler tous pour gagner tous

Il reste à espérer que la fermeture des frontières à laquelle nous assistons actuellement soit à l’apogée de la société à deux vitesses, bien réelle aujourd’hui, dont le monde redoutait la perspective dans les années 70.

Sommes nous au bout de ces « 30 années piteuses » qui, sous la domination des idées néo-libérales, ont substitué au colonialisme une forme d’apartheid étendu, entre pauvres et riches, entre pays du Sud et du Nord, comme au sein des populations des nations européennes et occidentales ?

Verrions nous venir la fin attendue de ce temps du « crève espoir » que des hommes infligent à d’autres hommes sous la bannière néolibérale ?

- Un des fondements du nouvel espoir est de renouveler le regard sur les migrations, de revenir à un respect du droit des personnes, et de mieux l’asseoir dans les droits français, européen et international.

- Un autre est de comprendre les liens entre croissance et appauvrissement afin de substituer un « Travailler tous pour gagner tous » à l’inénarrable et dérisoire « Travailler plus pour gagner plus ».

- Un autre enfin est de réparer et de réinventer un droit d’aller et venir, bien malmené par les politiques sécuritaires actuelles afin d’inventer une mobilité qui soit une liberté à la mesure des défis du temps, de la misère, de la faim et de la santé, et des défis environnementaux et climatiques.

Voilà l’espoir que portent les migrants, hommes et femmes courageux, qui vont là où les conduisent les désirs de vivre, de travailler et de créer de la richesse.

- Lutter contre les préjugés avec le guide de la Cimade

- Rapport mondial sur le développement humain par le PNUD

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