La Bélogue
Europe en crise : Que faire

Mettre fin au laissez-fairisme mondialiste et à ses désordres

Pour une autre Europe
samedi 19 novembre 2011 par INVITES

Interrogé en 2005 par des députés gaullistes ayant voté non au référendum sur le traité constitutionnel européen, Maurice Allais, seul prix Nobel français en matière d’économie, répondait et démontrait qu’il fallait voir dans la politique libre échangiste de l’Organisation de Bruxelles, menée depuis 1974, la responsable de la destruction des emplois, de la destruction de l’industrie, de la destruction de l’agriculture, et de la destruction de la croissance dont souffrait et souffre toujours l’Europe. On voit aujourd’hui les destructions qu’y ajoutent le système financier mondialisé et les politiques d’austérité mises en place, pour la parer, par les gouvernements néo-libéraux. Il constatait alors que Personne ne veut, ou ne peut, reconnaître cette évidence : si toutes les politiques mises en oeuvre depuis trente ans ont échoué, c’est que l’on a constamment refusé de s’attaquer à la racine du mal, la libéralisation mondiale excessive des échanges, et ajoutait qu’il est pratiquement interdit de mettre en question la mondialisation des échanges comme cause du chômage. Voici les réponses à deux des questions qui lui furent posées et qui illustrent sa pensée sur les années 1975-2005, les "30 piteuses", que l’Europe vient de vivre et qui se prolongent, dans les crises financière, économiques et politiques actuelles, en forme de bouquet final du feu des artifices néo-libéraux.

Question : Quels effets de la Mondialisation

L’Europe a favorisé l’émergence d’une mondialisation sans barrière. N’a-telle pas aussi concouru à l’accroissement de ses difficultés économiques ?

Maurice Allais : En fait, à partir de 1974 on constate pour la France une croissance massive du chômage, une réduction drastique des effectifs de l’industrie et une réduction très marquée de la croissance.

-  Le taux de chômage au sens du BIT

De 1950 à 1974, pendant vingt-quatre ans le taux de chômage au sens du BIT est resté constamment inférieur à 3 %. De 1975 à 2005, pendant les trente années suivantes, il s’est progressivement élevé pour attendre 12,5 % en 1997 et 10 % en 2005.

-  Emplois dans l’industrie

Alors que de 1955 à 1974 les effectifs dans l’industrie s’étaient accrus d’environ 50.000 par an, ils ont décru de 1974 à 2005 d’environ 50.000 par an. Les effectifs de l’industrie ont atteint leur maximum d’environ 6 millions en 1974.

- Produit intérieur brut réel par habitant

De 1950 à 1974 le taux de croissance moyen du PIB réel par habitant a été de 4 %. De 1974 à 2000 le taux moyen de croissance a été de 1,6 % avec une baisse de 2,4 % , soit une diminution de 60 % [1]

1950-1974 et 1974-2005. Deux contextes très différents

En fait, une seule cause peut et doit être considérée comme le facteur majeur et déterminant des différences constatées entre les deux périodes 1950-1974 et 1974-2005 : la politique à partir de 1974 de libéralisation mondialiste des échanges extérieurs du GATT et de l’Organisation de Bruxelles et de la libéralisation des mouvements de capitaux dont les effets ont été aggravés par la dislocation du système monétaire international et l’instauration généralisée du système des taux de change flottants.

Incontestablement l’évolution très différente de l’économie française à partir de 1974 résulte de la disparition progressive de toute protection du Marché Communautaire Européen, de l’instauration continue d’un libre-échange mondialiste, de la délocalisation des activités industrielles, et de la délocalisation des investissements financiers [2].

En tout cas, au regard de l’accroissement massif du chômage, de la très forte diminution des emplois dans l’industrie, et de la baisse considérable du taux d’accroissement du produit national brut réel par habitant à partir de 1974, il est tout à fait impossible de soutenir que la politique de libre-échange mondialiste mise en oeuvre par l’Organisation de Bruxelles a favorisé la croissance et développé l’emploi.

En fait, ce que l’on a constaté, c’est que la politique de libre-échange mondialiste poursuivie par l’Organisation de Bruxelles a entraîné à partir de 1974 la destruction des emplois, la destruction de l’industrie, la destruction de l’agriculture, et la destruction de la croissance [3]

Si la politique libre échangiste de l’Organisation de Bruxelles n’avait pas été appliquée, le PIB réel par habitant en France serait aujourd’hui d’au moins 30 % plus élevé qu’il ne l’est actuellement, et il serait certainement au moins égal au PIB réel par habitant aux Etats-Unis. [4] Qui ne voit que les difficultés majeures auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui résultent pour l’essentiel de la diminution considérable du produit intérieur brut réel qu’a entraînée pour nous la politique libre échangiste de l’Organisation de Bruxelles.

La politique mondialiste de l’OMC et de l’Organisation de Bruxelles

Toute cette analyse montre que la libéralisation totale des mouvements de biens, de services et de capitaux à l’échelle mondiale, objectif affirmé de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à la suite du GATT, doit être considérée à la fois comme irréalisable, comme nuisible, et comme non souhaitable.

Elle n’est possible, elle n’est avantageuse, elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux économiquement et politiquement associés, groupant des pays de développement économique comparable, chaque Association régionale se protégeant raisonnablement vis-à-vis des autres.

En fait, une analyse correcte de la théorie du commerce international ne conduit en aucune façon à la conclusion que l’application à l’échelle mondiale d’une politique généralisée de libre-échange pourrait correspondre à l’intérêt réel de chaque pays, que ce soient les pays développés de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord ou le Japon, ou que ce soient les pays en voie de développement de l’Europe de l’Est, de l’ex-URSS, de l’Afrique, de l’Amérique Latine, ou de l’Asie.


Je ne saurais trop l’affirmer : la théorie naïve et indûment simplificatrice du commerce international que nous brandissent les thuriféraires de la libéralisation mondiale des échanges est totalement erronée. Il n’y a là que postulats sans fondements.

En réalité, ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification.

L’hostilité dominante contre toute forme de protectionnisme

L’hostilité dominante d’aujourd’hui contre toute forme de protectionnisme se fonde depuis soixante ans sur une interprétation erronée des causes fondamentales de la Grande Dépression.

En fait, la Grande Dépression de 1929-1934, qui à partir des Etats-Unis s’est étendue au monde entier, a eu une origine purement monétaire et elle a résulté de la structure et des excès du mécanisme du crédit. Le protectionnisme en chaîne des années trente n’a été qu’une conséquence et non une cause de la Grande Dépression. Il n’a constitué partout que des tentatives des économies nationales pour se protéger des conséquences déstabilisatrices de la Grande Dépression d’origine monétaire.

Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation.

Comme l’économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation et qu’elle se développe dans un cadre anarchique, l’ouverture mondialiste à tous vents des économies nationales ou des associations régionales est non seulement dépourvue de toute justification réelle, mais elle ne peut que les conduire à des difficultés majeures.

Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale.

Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement.

Si on considère, par exemple, le cas de l’agriculture communautaire européenne, l’alignement de ses prix sur des prix mondiaux qui peuvent rapidement varier de un à deux en raison d’une situation toujours instable n’a aucune justification.

La doctrine laissez-fairiste mondialiste

Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux.

Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique.

La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits.

Le nouveau Credo

Suivant cette doctrine la disparition de tous les obstacles aux changements est une condition à la fois nécessaire et suffisante d’une allocation optimale des ressources à l’échelle mondiale. Tous les pays et dans chaque pays tous les groupes sociaux doivent voir leur situation améliorée.

Les partisans de cette doctrine sont devenus aussi dogmatiques que les partisans du communisme avant son effondrement avec la chute du mur de Berlin en 1989.

Pour eux la mise en oeuvre d’un libre-échange mondial des biens, des services, et des capitaux s’impose à tous les pays et si des difficultés se présentent dans sa mise en oeuvre elles ne peuvent être que temporaires et transitoires.

En réalité, les affirmations de la nouvelle doctrine n’ont cessé d’être infirmées aussi bien par l’analyse économique que par les données de l’observation. En fait, une mondialisation généralisée n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.

Quatre conclusions fondamentales

De l’analyse des faits constatés résultent quatre conclusions tout à fait fondamentales :

- Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes ne peut qu’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.

- Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, et elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés et de développement économique et social comparable.

- Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire.

- Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en oeuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

L’aveuglement de nos dirigeants politiques

Au regard de l’ensemble de l’évolution constatée de 1974 à 2004, soit pendant trente ans, on peut affirmer aujourd’hui que cette évolution se poursuivra si la politique de libre-échange mondialiste de l’Organisation de Bruxelles est maintenue.

En fait, toutes les difficultés pratiquement insurmontables dans lesquelles nous nous débattons aujourd’hui résultent de la réduction d’au moins 30 % du Produit national brut réel par habitant d’aujourd’hui. La prospérité de quelques groupes très minoritaires ne doit pas nous masquer une évolution qui ne cesse de nous mener au désastre.

L’aveuglement de nos dirigeants politiques, de droite et de gauche, depuis 1974 est entièrement responsable de la situation dramatique où nous nous trouvons aujourd’hui. Comme le soulignait autrefois Jacques Rueff : "Ce qui doit arriver arrive".

Toute l’évolution qui s’est constatée depuis 1974 résulte de l’application inconsidérée et aveugle de l’Article 110 du Traité de Rome du 25 mars 1957 constamment repris dans tous les traités ultérieurs :

Article 110 : "En établissant une union douanière entre eux les Etats membres entendent contribuer conformément à l’intérêt commun au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et à la réduction des barrières douanières".

En fait, pour être justifié l’Article 110 du Traité de Rome devrait être remplacé par l’article suivant :

"Pour préserver le développement harmonieux du commerce mondial une protection communautaire raisonnable doit être assurée à l’encontre des
importations des pays tiers dont les niveaux des salaires au cours des changes s’établissent à des niveaux incompatibles avec une suppression de
toute protection douanière".

Question : Comment contrer les effets négatifs de la mondialisation

La Mondialisation est très certainement inéluctable en termes techniques, mais quelles devraient être, selon vous, les mesures à mettre en oeuvre à fin de contrer ses effets négatifs ?

Maurice Allais :
Devant le chômage massif d’aujourd’hui et en l’absence de tout diagnostic réellement fondé les pseudo-remèdes ne cessent de proliférer.

Pas de pseudo-remèdes, mais une vraie médication

- On nous dit par exemple que tout est très simple. Si l’on veut supprimer le chômage, il suffit d’abaisser les salaires, mais personne ne nous dit quelle devrait être l’ampleur de cette baisse, ni si elle serait effectivement réalisable sans mettre en cause la paix sociale. Que depuis tant d’années de grandes organisations internationales comme l’OECD, l’OMC, le FMI, ou la Banque Mondiale puissent préconiser une telle solution est tout simplement atterrant.

- On nous dit encore qu’il suffit de réduire le temps de travail pour combattre le chômage, mais outre que les hommes ne sont pas parfaitement substituables les uns aux autres, une telle solution néglige totalement le fait indiscutable que trop de besoins, souvent très pressants, restent insatisfaits. Ce n’est pas en travaillant moins qu’on pourra réellement y faire face.

De plus, au regard de la pyramide des âges et de ses perspectives d’évolution toute réduction du temps de travail, tout abaissement de l’âge de la retraite, ne peuvent que compromettre très gravement l’avenir.

- Certains suggèrent encore que l’on pourrait combattre efficacement le chômage par l’inflation. Mais lutter contre les effets du libre-échangisme mondialiste, par une expansion monétaire et par l’inflation relève d’une pure illusion et d’une méconnaissance profonde des causes réelles de la situation actuelle. Cette situation, dans sa nature, et pour l’essentiel, n’est en rien comparable à la Grande Dépression des années trente.

- D’une manière qui n’est paradoxale qu’en apparence, la poursuite, les yeux fermés, d’une politique, prétendue libérale, de libre-échange mondialiste généralisée, et la mise en oeuvre de pseudo-remèdes entraînent irrésistiblement par leurs implications notre pays vers la multiplication, chaque jour, de mesures dirigistes de type collectiviste pour tenter de colmater les désordres suscités par le libre-échangisme mondialiste.


Les vérités établies

Dans la situation d’aujourd’hui, la France s’autodétruit elle-même.

Comment expliquer une telle situation ? En fait, et pour l’essentiel, la dégradation progressive et profonde de la situation française depuis 1974 s’explique par la domination et la répétition incessante de "vérités établies", de tabous indiscutés, de préjugés erronés, admis sans discussion, dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années.

Cette domination se traduit par un incessant matraquage de l’opinion par certains médias financés par de puissants lobbies plus ou moins occultes. Il est pratiquement interdit de mettre en question la mondialisation des échanges comme cause du chômage.

Personne ne veut, ou ne peut, reconnaître cette évidence : si toutes les politiques mises en oeuvre depuis trente ans ont échoué, c’est que l’on a constamment refusé de s’attaquer à la racine du mal, la libéralisation mondiale excessive des échanges.

Cette évolution s’est produite sous l’influence de plus en plus dominante des sociétés multinationales américaines, puis à leur suite des sociétés multinationales du monde entier. Ces sociétés multinationales ont chacune des centaines de filiales. Elles disposent d’énormes moyens financiers, et elles échappent à tout contrôle. Elles exercent de fait un pouvoir politique exorbitant. Elles seules bénéficient de la libéralisation inconditionnelle des échanges sur tous les plans.

En fait, cette évolution s’est accompagnée du développement d’un capitalisme sauvage et malsain.

- Au nom d’un pseudo-libéralisme, et par la multiplication des déréglementations, s’est installée peu à peu une espèce de chienlit mondialiste laissez-fairiste. Mais c’est là oublier que l’économie de marchés n’est qu’un instrument et qu’elle ne saurait être dissociée de son contexte institutionnel et politique. Il ne saurait être d’économie de marchés efficace si elle ne prend pas place dans un cadre institutionnel et politique approprié, et une société libérale n’est pas et ne saurait être une société anarchique.

- La mondialisation de l’économie est certainement très profitable pour quelques groupes de privilégiés. Mais les intérêts de ces groupes ne sauraient s’identifier avec ceux de l’humanité tout entière. Une mondialisation précipitée et anarchique ne peut qu’engendrer partout instabilité, chômage, injustices, désordres, et misères de toutes sortes, et elle ne peut que se révéler finalement désavantageuse pour tous les peuples.

Une seule explication réelle de cette situation, l’ignorance ; une ignorance profonde des principes dont l’application pourrait permettre la réalisation d’une société de progrès, efficace et humaniste.

Condition incontournable, rétablir la Préférence Communautaire

Incontestablement la politique de libre-échange mondialiste que met en oeuvre ï’Organisation de Bruxelles est la cause majeure, de loin la plus importante, du sous-emploi massif et de la réduction de la croissance que l’on constate. Pour y remédier, la Construction européenne doit se fonder sur le rétablissement de la préférence communautaire et du contrôle des mouvements de capitaux, condition véritable de l’expansion, de l’emploi, et de la prospérité. Ce principe a d’ailleurs une validité universelle pour tous les pays ou groupes de pays.

- Un objectif raisonnable serait que par des mesures appropriées et pour chaque produit ou groupe de produits un pourcentage minimal de la consommation communautaire soit assuré par la production communautaire. La valeur moyenne de ce pourcentage pourrait être de l’ordre de 80 %. C’est là, au regard de la situation actuelle, une disposition fondamentalement libérale qui permettrait un fonctionnement efficace de l’économie communautaire à l’abri de tous les désordres extérieurs tout en assurant des liens étendus et avantageux avec tous les pays tiers [5].

- En fait, on ne saurait trop le répéter, la libéralisation totale des échanges n’est possible, elle n’est souhaitable, que dans le cadre d’ensembles régionaux, groupant des pays économiquement et politiquement associés, de développement économique et social comparable, tout en assurant un marché suffisamment large pour que la concurrence puisse s’y développer de façon efficace et bénéfique.

Chaque organisation régionale doit pouvoir mettre en place une protection raisonnable vis-à-vis de l’extérieur pour éviter les distorsions indues de concurrence et les effets pervers des perturbations extérieures, et pour rendre impossibles des spécialisations indésirables et inutilement génératrices de déséquilibres et de chômage, tout à fait contraires à la réalisation d’une situation d’efficacité maximale à l’échelle mondiale associée à une répartition internationale des revenus communément acceptable.

Les conditions du rétablissement de la Préférence Communautaire

- En fait, le rétablissement de la Préférence Communautaire qui constitue la condition majeure de toute politique efficace du rétablissement de la croissance et de l’emploi, suppose une très forte volonté politique, car dans la situation actuelle il ne pourra être mis en place qu’avec l’assentiment unanime des vingt-cinq pays membres de l’Union Européenne et en modifiant les objectifs fondamentaux de l’OMC.

Si cette double condition ne pouvait être réalisée, l’ensemble des douze pays adhérents de la Zone Euro devrait rétablir la Préférence Communautaire pour cette zone et quitter l’OMC.

Si une telle solution se révélait finalement irréalisable la France devrait quitter l’Union Européenne et il est très probable qu’elle serait suivie par la plupart des pays membres de la Zone Euro et en tout cas par tous les pays membres de l’Europe des Six, fondateurs de l’Union Européenne.

Le rétablissement immédiat de la Préférence Communautaire et de tout ce qu’il implique est la condition absolue de la survie de l’Union Européenne.

-  En fait, on ne saurait se dissimuler les immenses difficultés que rencontrerait sur le plan juridique et institutionnel le rétablissement immédiat de la Préférence Communautaire, et s’il était nécessaire une Sécession d’un groupe de pays membres de l’Union Européenne.

Je suis cependant convaincu que si les masses populaires, de l’extrême droite à l’extrême gauche, s’unissaient pour un temps dans un combat commun pour le rétablissement immédiat de la Préférence Communautaire et de tout ce qu’il implique, le Président de la République saurait répondre à un tel appel et que leur action commune l’emporterait décisivement et rapidement à l’encontre de tous les obstacles.

Les rivalités partisanes entre les hommes politiques et entre les partis politiques face aux échéances électorales de 2007 ne sont que dérisoires au regard du rétablissement de la croissance et du plein emploi que seul peut assurer le rétablissement immédiat de la préférence Communautaire et de tout ce qu’il implique.

Une seule stratégie s’impose : "Toutes victimes de la mondialisation, unissezvous".

L’Union fait la force et elle peut l’emporter décisivement sans délai face à tous les obstacles.

La politique de la France

La France quant à elle ne saurait accepter de continuer à participer pleinement à la politique généralisée de libre-échange mondialiste poursuivie actuellement par l’Organisation de Bruxelles, politique qui ne pourrait que la mener finalement à une situation totalement insupportée et insupportable.

Aujourd’hui la condition sine qua non fondamentale de notre participation à la Construction européenne, c’est le rétablissement explicite et solennel de la préférence communautaire, c’est-à-dire d’une protection raisonnable et appropriée du Marché Communautaire vis-à-vis de l’extérieur, dans le cadre d’une Charte Confédérale.

- Ce qui doit arriver arrive. La crise d’aujourd’hui, le chômage massif insupportable qui le caractérise et qui nous déshonore, la destruction jour après jour de la société française, ne sont que les conséquences des politiques dogmatiques sans cesse mises en oeuvre depuis la Grande Cassure de 1974 et qui nous mènent au désastre. Il serait criminel de les poursuivre.

La situation présente ne peut pas durer. Elle ne doit pas durer. Elle ne durera pas.

La question majeure d’aujourd’hui n’est pas seulement un sous-emploi massif, c’est également la destruction de notre industrie et la destruction de la croissance de notre économie, et les difficultés majeures de toutes sortes qu’elles entraînent inéluctablement.

II est bien certain que la France ne peut avoir d’avenir que dans le cadre européen, mais ce cadre ne saurait se réduire ni à la domination illimitée et irresponsable des nouveaux apparatchiks de Bruxelles, ni à une vaste zone de libre-échange mondialiste ouverte à tous les vents, ni à une domination de fait des Etats-Unis, eux-mêmes dominés par le pouvoir plus ou moins occulte, mais très puissant, des sociétés multinationales américaines.

En aucun cas la participation de la France à la Construction Européenne ne doit la conduire à se dissoudre dans un ensemble où ses intérêts fondamentaux seraient méconnus, où elle ne pourrait que se détruire, et où finalement elle perdrait son âme.

En fait, la France n’a aucun intérêt à continuer à participer pleinement à une organisation qui ne pourrait que la mener finalement à une situation insupportée et insupportable.

La condition sine qua non fondamentale de notre participation à la Construction Européenne, c’est ainsi le rétablissement explicite et solennel de la Préférence Communautaire, c’est-à-dire d’une protection raisonnable et appropriée de la Construction Européenne vis-à-vis de l’extérieur.

Bien que d’une nature tout à fait différente, les forces de désagrégation sociale sont sans doute aujourd’hui bien plus fortes que celles qui se constataient à la veille de la Révolution française, et nul ne sait ce qui pourrait survenir demain si la rue venait à balayer l’ordre public. Comme alors, l’inconscience de certaines féodalités dominantes qui se croient à l’abri et qui profitent, le plus souvent indûment, de situations privilégiées, est ici totale.

Les perversions du socialisme ont entraîné l’effondrement des sociétés de l’Est. Mais les perversions laissez-fairistes du prétendu libéralisme de ces trente dernières années nous ont mené au bord de l’effondrement de la société française.

La confusion du libéralisme et du laissez-fairisme

Le libéralisme ne saurait se réduire au laissez-faire économique ; c’est avant tout une doctrine politique, destinée à assurer les conditions pour vivre ensemble des ressortissants d’une collectivité donnée, et le libéralisme économique n’est qu’un moyen permettant à cette doctrine politique de s’appliquer efficacement dans le domaine économique.

La confusion actuelle du libéralisme et du laissez-fairisme constitue une des plus grandes erreurs de notre temps. Une société libérale et humaniste ne saurait s’identifier à une société laxiste, laissez-fairiste, pervertie, manipulée, ou aveugle .

En réalité, l’économie mondialiste qu’on nous présente comme une panacée ne connaît qu’un seul critère, "l’argent". Elle n’a qu’un seul culte, "l’argent". Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire elle-même.

Une crise de l’intelligence

L’ouverture mondialiste à tous les vents de l’Economie Communautaire Européenne dans un cadre mondial fondamentalement instable, perverti par le système des taux de change flottants, et où les échanges sont totalement faussés par des disparités considérables de salaires aux cours des changes, est la cause essentielle d’une crise profonde qui peu à peu nous conduit à l’abîme.

Les faits sont éclatants. L’analyse économique les confirme et les explique. Les faits, tout comme la théorie, permettent d’affirmer que si la politique généralisée de libre échange mondialiste de l’Organisation de Bruxelles est poursuivie, elle ne pourra qu’échouer et nous mener au désastre. La crise d’aujourd’hui, c’est avant tout une crise de l’intelligence. Il est dérisoire de ne remédier qu’aux effets. C’est aux causes qu’il faut s’attaquer.

Et ce combat doit être poursuivi en fonction d’un seul principe qui doit transcender tous les autres : L’économie doit être au service de l’homme et non l’homme au service de l’économie.

ANNEXE 1

EVOLUTION COMPAREE DU PRODUIT INTERIEUR BRUT REEL PAR HABITANT DE 1950 A 2004 ;FRANCE — ETATS-UNIS

Les deux graphiques qui suivent FRA et E-U représentent en échelles logarithmiques l’évolution des Produits intérieurs bruts réels par habitant en dollars 2002 en France et aux Etats-Unis [6].

Comparaison des Graphiques

- 1.- Dans l’ensemble les valeurs des Etats-Unis de 1950 à 2004 évoluent suivant un trend linéaire. Le taux d’accroissement annuel est de 2,1 %.

Au contraire, l’évolution des valeurs de la France présente deux trends linéaires très différents de 1950 à 1974 et de 1974 à 2004. Les taux de croissance sont respectivement de 4,0 % et 1,6 %. La croissance a ainsi considérablement diminué d’une période à l’autre dans le rapport de 1 à 0,4 correspondant à une diminution de 60 %.

Il est très remarquable que dans tous les cas les ajustements linéaires sont excellents. Les coefficients de corrélation pour la France sont respectivement de 0,999 et 0,993. Le coefficient de corrélation pour les Etats-Unis est de 0,996.

- 2.- Pour les trois années 1950,1974 et 2004 on a le Tableau suivant pour le Produit intérieur brut réel par habitant en dollars 2002.

On constate que de 1950 à 1974 le rapport FRA / E-U a considérablement augmenté de 50 % alors qu’il a diminué d’environ 10 % de 1974 à 2004.
3.- En désignant par (2004) et ((2004)) la valeur du PIB réel par habitant en France en 2004 et la valeur qu’il aurait atteint en 2004 si le trend constaté de 1950 à 1974 s’était maintenu on a :

(2004) = 29146 $ 2002

((2004)) = 59137 ---- et

(1) ((2004)) /(2004) = 2,03

Si donc le trend s’était poursuivi le PIB réel / habitant en France aurait été de 100 % plus élevé qu’il ne l’a été en 2004.

- Dans l’hypothèse où en 2004 le PIB réel / habitant en France aurait atteint le PIB réel / habitant américain on aurait eu :

(2004) = 29146 $ 2002

((2004))* = 38324 ----

(2) ((2004))* / (2004) = 1,31

Dans ce cas le PIB réel / habitant en France aurait été en 2004 d’environ 30 % plus élevé qu’il ne l’a été effectivement.

- 3.- Le Troisième Graphique FRA — E-U représente l’ensemble des évolutions du PIB réel / habitant en France et aux Etats-Unis.

Ce Troisième Graphique a l’avantage de mettre clairement en évidence les évolutions respectives du PIB réel / habitant en France dans les deux périodes 1950-1974 et 1974-2004 et aux Etats-Unis dans la période 1950-2004.

Estimation du minimum de la perte du Produit Intérieur Brut Réel par
habitant en France en raison de la Cassure de 1974

La configuration du Troisième Graphique FRA - US aux environs des années 1974 - 1985 montre que suivant toutes les hypothèses vraisemblables la courbe représentative du PIB réel / habitant français aurait certainement atteint la courbe du PIB réel / habitant américain peu après 1980.

A partir de là la courbe du PIB réel / habitant français aurait probablement suivi celle des Etats-Unis. Cela signifie qu’en 2004 et d’après la relation (2) le PIB réel / habitant français aurait été d’environ 30 % plus élevé.
On peut ainsi considérer qu’en 2004 la perte du PIB réel / habitant français en raison de la Cassure de 1974 a certainement été supérieure ou égale à 30 % d’après la relation (2).

Au total on a pour la perte - subie par la France en 2004 pour le PIB réel / habitant par suite de la Cassure de 1974 et d’après les relations (1) et (2)
30 % < PE < 100 %

Naturellement nul ne peut dire en toute certitudequ’elle est la valeur effective de la perte PE , sinon qu’elle est certainement supérieure ou égale à 30 %.

En fait, sa valeur la plus probable est certainement de l’ordre de 50 % [7].

La Cassure de 1974 pour les autres pays de l’Europe des Six

La même Cassure de 1974 pour la France s’observe pour l’Allemagne Fédérale, la Belgique, l’Italie et les Pays-Bas [8]. Les valeurs correspondantes des ajustements sont représentées sur le Tableau II.

Les valeurs des taux de croissance C1 et C2 pour les deux périodes 1950-1974 et 1974-2004 sont effectivement du même ordre de grandeur que pour la France.

Au nom des députés gaullistes ayant voté non au Référendum
sur le Traité Constitutionnel Européen, il fut posé à Maurice Allais 5 questions susceptibles d’éclairer les enjeux économiques et politiques européens dans leur contexte mondial.

1.- L’Euro vous paraît-il être un facteur de développement indispensable pour l’Europe ?

2.- Quelle devrait-être, selon vous, l’organisation politique du continent européen ?

3.- L’Europe a favorisé l’émergence d’une mondialisation sans barrière. N’a-t-elle pas aussi concouru à l’accroissement de ses difficultés économiques ?

4.- La Mondialisation est très certainement inéluctable en termes techniques, mais quelles devraient être, selon vous, les mesures à mettre en oeuvre à fin de contrer ses effets négatifs ?

5.- Quelle politique économique devrait privilégier le gouvernement français pour relancer l’économie de la nation ?

- Les réponses à ces questions furent éditées aux Editions Clément Juglar, 62 avenue de Suffren 75015 Paris - Tél. 01 45 67 58 06

- Elles sont accessibles dans leur totalité ici, sur le blog « osonsallais », ou là, au format pdf sur le site « Maurice Allais-prix Nobel d’économie 1988 »

[1Voir l’Annexe I ci-après.

[2Voir Allais, 1999, La Mondialisation. La Destruction des Emplois et de la Croissance. L’Evidence Empirique, p. 142-146 et 451-455

[3Voir mon ouvrage de 1999, La Destruction des Emplois et de la Croissance. L’Evidence Empirique.

[4Voir l’Annexe I ci-après.

[5Sur le choix entre une protection tarifaire et une protection contingentaire, voir l’Annexe II ci-après et Allais, 1999, La Mondialisation, la Destruction des Emplois et de la Croissance, p. 589-603.

[6Source : GDP per Capita m 2002 US $ (converted at EKS PPPs), Groningen Growth & Development Center, Faculty of Economies, University of Groningen. (Site intemet : http://www.ggdc.net/dseries/totecon.shtlm).

[7Sur tous ces points, voir Allais, 1999, La Mondialisation, la Destruction des Emplois et de la Croissance. L’Evidence Empirique, p. 128-152 et 333-348. Voir également Allais, L’Europe Unie. Route de la Prospérité, Première Partie, L’Unité Economique et l’Elévation des Niveaux de Vie Européens, p. 17-63, et Appendice III, Données Statistiques,p. 323-341.

[8Pour le Luxembourg il n’y a pas de Cassure en 1974. La raison en est l’importance des transactions financières pour le Luxembourg.


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