En
février 2002, le législateur a introduit dans le code civil deux
possibilités nouvelles pour régler les conséquences des séparations
familiales : la résidence alternée des enfants et le recours à
la médiation ; pour autant, ces possibilités ouvertes moyennant
réserves et restrictions, n'ont pas été établies comme règles
de vie s'imposant à tous et peuvent laissent persister les conduites
judiciaires passées; l'avenir pourrait montrer que ces nouveautés
sont moins la reconnaissance de droits vivement revendiqués que
des facultés supplémentaires laissées à l'appréciation du juge
des séparations. Tout serait changé, mais rien ne changerait et
la violence institutionnelle continuerait à faire son chemin dans
les consciences individuelles.
Dans cette réforme, le législateur a laissé
sans réponses les problèmes de justice soulevés par l'application
judiciaire de la loi votée par son prédécesseur, en 1970 ; il
a mis au rang des paternalismes désuets, les démarches, de tous
bords, dont il a été saisi, visant à moraliser le droit de la
famille, et renvoyé aux domaines réglementaires et judiciaires
la charge des réponses concrètes attendues, qui, selon sa conception,
ne relèvent pas de la loi votée. Ce silence sur les questions
de justice n'est pas innocent du point de vue du débat démocratique,
ni sans conséquences dans la vie des citoyens ; l'exigence démocratique
impose de tirer toutes les conséquences des effets de la législation
à l'œuvre depuis 30 ans.
En 1970, le législateur clamait, haut et fort,
inscrire l'égalité parentale dans le droit et dans les mœurs.
Cependant il établissait dans le même temps des discriminations
fondées sur la situation conjugale et sur le sexe ; il n'instituait,
dans les faits, qu'une égalité en " trompe l'œil " et créait
les conditions d'un divorce entre la société et son droit. A
cette violence faite au principe républicain d'égalité, s'est
ajoutée, au fil des ans, la violence continue des pratiques
judiciaires, imposées à tous, sans autre contrôle que celui
de l'autorité judiciaire elle même, pour porter à la population
des dommages irréparables et faire, d'une intention égalitaire
affichée, une pratique d'exclusions. Aujourd'hui, après 30 ans
d'une application massivement sexiste, les victimes de cette
loi, familles, enfants et parents, se comptent par millions.
Néanmoins, le législateur s'est refusé à se
saisir de cette violence là, et a pratiqué la politique de l'autruche,
agissant comme si, par le passé, l'appareil judiciaire avait
été à la hauteur des enjeux de justice et de liberté. Il y a
à craindre d'une loi nouvelle qui s'annonce comme une loi "
Ponce Pilate", quand le législateur renvoie au pouvoir réglementaire
le soin d'exprimer les valeurs communes qui ne trouvent pas,
à ses yeux, place dans la loi ; quand il se défausse sur le
juge des questions relevant de l'intérêt général, le chargeant,
de surcroît, de dire l'intérêt de l'enfant, quand c'est l'intérêt
des familles qui est en jeu. Il y a à craindre encore, pour
la santé de tous et pour celle de la démocratie, quand l'institution
judiciaire familiale, désuète, est maintenue dans l'incapacité
de remplir sa mission de justice.
Le besoin de partager des valeurs et des destinées
communes et d'encourager le désir de vivre ensemble, appellent
à faire une vérité sans complaisances sur les pratiques judiciaires
familiales passées, à mettre le frein indispensable au cynisme
des stratégies d'instrumentalisation qui se sont développées
dans l'institution judiciaire et dans la société, et ont fait
le lit de la violence. Cette vérité du droit doit être recherchée
par tous, avec tous les moyens, légitimes et démocratiques,
de l'action publique et citoyenne pour qu'une réforme des pratiques
judiciaires de la famille suive celle de l'autorité parentale.
Nous souhaitons que le débat national soit ouvert
sur la question de " l'intérêt de l'enfant et de l'intérêt des
familles " qui est au cœur des conflits, qu'une mission
parlementaire d'enquête se saisisse des questions soulevées
par ce manifeste, et que soit mise sur pied une réforme de la
justice familiale qui mette chacun des intervenants dont la
responsabilité est entière dans les échecs de la justice, magistrat,
avocat, expert, médiateur, en situation d'assumer publiquement
le bilan de sa contribution à la charge de la justice.
Robin
la Liberté Egalité - pseudonyme
collectif des signataires