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Sondages, l'opium des usagers
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Sous
le titre " Les usagers de la justice lui font confiance
mais critiquent son fonctionnement ", le monde du 23
mai vient de publier en pleine page les résultats d'une enquête
de satisfaction réalisée auprès des usagers de la justice. Les
résultats portant sur leur confiance en la justice sont, pour
le moins, surprenants si on les rapproche de ceux tirés d'une
enquête menée en 1997 sur un échantillon représentatif de la population.
Si les deux sondages concordent à peu près sur l'opinion, majoritairement
critique, des sondés relative au fonctionnement de la justice,
ils ne le sont plus du tout sur la question de la confiance en
la justice.
En 1997, 65 % des sondés, également usagers
de la justice, déclaraient leur défiance alors qu'en 2001 ils
sont 55 % à lui donner leur confiance. Le score de confiance
croit ainsi spectaculairement de 100% en 4 ans. Il en est de
même pour la confiance en l'honnêteté de l'avocat qui fait un
bond en avant (120%) avec un score passant de 39% à 86%.
Alors qu'en 1997, la présentation des résultats de l'enquête
relevait le caractère stable, depuis deux siècles, des représentations
sur la justice, le sondage 2001 montre une subite et improbable
dynamique de la confiance, un peu trop belle pour être sincère.
La différence fondamentale entre les deux enquêtes résiderait
en ceci que l'une vise à mesurer une représentation générale
et que l'autre vise la représentation singulière formée par
l'expérience pratique des usagers, mais il serait présomptueux
de tirer parti de cette différence pour accréditer les écarts
de mesure constatés d'autant que l'enquête montre elle même
que l'expérience de la justice a plutôt un effet négatif sur
sa représentation.
Plusieurs points de la méthodologie suivie sont critiquables
ou contestables et mettent en question la validité des affirmations
qu'elle produit :
- le biais, relevé par les auteurs eux mêmes, portant sur la
position (demande, défense) des personnes de l'échantillon,
majoritairement en demande, susceptible de jouer sur les scores
annoncés,
- le postulat sur lequel repose l'ossature de l'enquête qui
nous éloigne bien loin des réalités humaines ; l'enquête met
strictement sur le même plan tous les évènements qu'elle interroge,
qu'il s'agisse d'un excès de vitesse, où l'enjeu est une condamnation
à quelques centaines de francs, ou bien qu'il s'agisse de conflits
familiaux où les enjeux sont des existences entières ; cette
enquête ignore donc que dans la réalité, l'être humain relativise
et hiérarchise ses expériences.
Voilà donc un indice de " satisfaction " qui promet
d'avoir une vie au moins aussi controversée que la mesure du
QI.
Je crois que le danger n'est pas mince pour les quelques millions
de français et françaises qui ont à faire avec les horreurs
habituelles de la justice de la famille ; cet indice peut contribuer
un peu plus à l'aveuglement de l'institution judiciaire et servir
de prétexte au maintien de son immobilisme.
Il serait donc souhaitable que le domaine de
la justice de la famille fasse l'objet d'enquêtes indépendantes,
au dessus de tout soupçon.
Dans l'immédiat, à l'heure où entre en discussion la réforme
du droit de la famille, et pour que cette réforme suscite un
réel débat, il serait nécessaire que les pratiques judiciaires
familiales fassent l'objet d'une commission d'enquête parlementaire.
A terme, la création d'un " Observatoire des pratiques
judiciaires familiales ", indépendant, pourrait être l'enjeu
du processus de toilettage démocratique que doit impérativement
subir l'institution judiciaire pour être de son temps.
Paul
Faiche
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