Mesdames et Messieurs les sénateurs
Sur
la foi des intentions exprimées, la réforme du droit de la famille
impulsée par Mme la ministre Ségolène Royale a reçu un accueil très
favorable. Cependant la proposition de loi actuelle s’écarte des
intentions perçues ; elle est loin d’être à la hauteur des
attentes et de répondre aux enjeux.
C’est
une loi « Ponce Pilate » qui s’annonce dans laquelle le
législateur se défausse sur le juge de questions essentielles, le
« droit de l’enfant à ses deux parents », le « droit
des parents à la médiation » . Mais la proposition présente
d’autres graves défauts : elle maintient discrètement sur l’autorité
parentale, une discrimination fondée sur le sexe ; sur
la question du droit des pensions et des allocations familiales,
et sur le partage effectif des charges de la famille et de l’enfant,
cette proposition ne tire aucune conséquence des réalités qu’elle
légalise, à reculons semble t’il, au travers des diverses formes
de résidence de l’enfant ; sur les questions de déplacements
d’enfants, la disposition « d’information » est loin d’être
dissuasive ; elle s’annonce comme le « Cheval de Troie »
qui permettra au judiciaire d’entériner le fait accompli ;
aucun garde fou, frein ni sanction n’est mis pour dissuader de l’usage
des fausses accusations.
Ce
projet répète les incohérences et les inconséquences de la loi de
1970 où on légalisait une « égalité parentale »
en « trompe l’œil ». Mais il y a pire désormais, puisque
cette proposition livre, à l’aléa judiciaire, des droits et libertés
qui devraient être garantis par la loi
L’écart
entre les intentions ministérielles qui ont été bien perçues, et
la proposition de loi, votée en première lecture, doit vous alerter.
Les
30 années passées ont montré à profusion la responsabilité, dans
les violences faites aux familles, de l’ « égalité alibi »
inscrite dans la loi de 1970 , et des pratiques judiciaires qui
ont suivi. Cette menace, posée sur les existences par le droit,
doit être écartée. Elle appelle aussi à être reconnue publiquement
parce que l’information est aujourd’hui un acquis démocratique.
Aussi, le processus parlementaire d’élaboration de la réforme de
l’autorité parentale doit il se montrer à la hauteur des enjeux
d’égalité et de solidarité et de l’exigence démocratique.
1/
- Une mission d’enquête parlementaire pourrait faire la lumière
sur le passé: elle devrait chercher à établir une vérité sur les
pratiques judiciaires de la famille de ces trente dernières années,
et sur les conséquences des atteintes, dans la loi, au principe
de l’égalité de tous en droit. Elle devrait examiner, très sérieusement,
les interprétations insensées, fratricides
et liberticides, faites dans les enceintes du droit au nom
de « l’intérêt de l’enfant »,
et surtout élaborer les garde fous à poser dans le droit
pour y mettre un terme.
2/-
Pour mieux fonder la légitimité du droit de la famille et éclairer
l’avenir, vous pourriez vous attacher à lever le paradoxe d’illégitimité
que ce droit présente. Il mérite votre attention : « Aucun
ministre, aucun député, aucun sénateur, aucun magistrat, aucun avocat
ne voudrait appliquer, ou voir appliqué, à sa famille ou à ses enfants,
ce que le droit actuel impose à tous dans les séparations». Le droit
de la famille ne peut pas être « ce qui n’arrive qu’aux autres ».
Il n’est pas de droit qui touche chacun de plus près,
et nécessite, à la fois, plus de distance des lieux communs
des spécialistes du droit.
Vous
saurez remettre, par votre travail d’amendements, la justice qui
fait défaut à cette proposition de loi, dont vous aurez mesuré toutes
les incidences ignorées, sur l’organisation judiciaire et la législation
sociale. Pour accroître
votre vigilance, voici une sélection de quelques sources d’information
disponibles sur l’internet, témoignant de la pensée de citoyens
ou d’associations. Vous trouverez dans ces textes et dans ces récits
la raison et l’émotion nécessaires pour nourrir une réflexion vivante.
Avec
mes salutations
Paul Faiche