2017 - Babord Toute

Merkel, crise grecque, travailleurs détachés : le dessous des cartes par Coralie Delaume

lundi 18 septembre 2017.

Emmanuel Macron s’est déplacé le 7 septembre à Athènes pour marquer « la fin de la crise grecque ». Pour Coralie Delaume, la crise est loin d’être terminée dans une Union Européenne qui, loin de rassembler et de protéger, pousse les pays membres à s’affronter économiquement au sein du Marché unique.

Figaro Vox : Le contenu des ordonnances visant à réformer le marché du travail est désormais connu. Est-ce que cette nouvelle réforme doit autant à l’Europe que la précédente, ainsi que vous l’aviez expliqué ici-même ?

Coralie Delaume : Oui, bien sûr, car c’est un prolongement de la « loi El Khomri ». Loin de changer de direction, on creuse un même sillon. Ce n’est pas un hasard si ce type de réformes visant à « libérer le travail », comme on dit, a été mis en œuvre dans toute l’Europe.

La course au moins-disant salarial est inscrite dans les gènes, si j’ose dire, du Marché unique et de l’Union européenne.

Le Marché unique, qui a remplacé, lors de la signature de l’Acte unique en 1986, le Marché commun, a rendu intangibles les « quatre libertés » : liberté de circulation des capitaux, des biens, des travailleurs et des services. Or aussi « libres » soient-ils tous deux, le capital et le travail n’ont pas la même fluidité. -
Le premier est infiniment plus mobile que le second. La compétition entre les deux ne se fait donc pas à armes égales. A tout moment, le capital peut menacer d’aller s’investir ailleurs si les conditions dans l’un ou l’autre des pays européens lui déplaisent.
- Le travail, lui, ne peut menacer de pas grand-chose. Par ailleurs, on a bien compris désormais que la libre circulation des hommes entre les États-membres sert avant tout à les mettre en concurrence, à opérer une pression à la baisse sur les salaires, et à satisfaire in fine... les appétits du capital.

Ensuite, il n’existe plus guère d’instruments de politique économique disponibles pour les pays-membres de l’Europe d’aujourd’hui.

La politique commerciale est une compétence exclusive de l’Union et, en zone euro, il ne peut y avoir ni politique monétaire (c’est la BCE qui la conduit) ni politique de change. Il ne peut d’ailleurs pas non plus y avoir de politique budgétaire puisque le budget des pays ayant adopté l’euro est supervisé par la Commission européenne dans le cadre du « Semestre européen ».

Il ne reste donc qu’une seule variable d’ajustement, le « coût du travail », cible de toutes les « réformes structurelles » qui s’enchaînent dans toute l’UE.


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