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Jacques Attali : « Faites une primaire des gauches ! »

lundi 28 novembre 2016 par INVITES

Cher François, cher Jean-Luc, cher Emmanuel et les autres …

Si la droite arrive au pouvoir, son programme sera rude et rétrograde. Alors mettez fin à la guerre des egos et acceptez qu’un seul candidat représente le camp du progrès.

Et maintenant, tout dépend de vous.

La primaire de la droite a désigné son candidat. Elle l’a fait d’une façon presque parfaite : après des mois de surplace, elle a réussi, en trois semaines, à convaincre ses candidats d’accoucher de programmes presque complets et de s’affronter à peu près courtoisement. Puis elle a donné la victoire à celui dont le programme, mûri et publié de longue date, était le plus en phase avec son idéologie profonde.

Maintenant, les Français savent à quoi s’attendre si la droite gagne les élections présidentielles et législatives du printemps prochain : travailler plus, plus longtemps, dans des conditions plus précaires, avec moins de protection sociale, et payer plus d’impôts ; tous, et d’abord les plus défavorisés ; et voir réintroduire ouvertement les valeurs religieuses dans le discours et l’action publique.

Les Français savent aussi que, si ce programme, ou l’homme qui le porte, ne leur convient pas, ils pourront toujours, en l’absence d’un candidat crédible de la gauche, voter pour celle qui leur promet de les protéger de tout : des étrangers, des licenciements, des terroristes, des politiciens : Marine Le Pen.

Et vous, chers amis ? Allez-vous continuer à faire passer vos ego avant les intérêts du pays ? Allez-vous, en persistant dans vos candidatures, créer les conditions de la défaite de la gauche ? Allez-vous, pour un hypothétique instant de gloire, être responsable de l’affaiblissement des services publics, de la sortie de l’euro, de la baisse du pouvoir d’achat de tous les Français, du recul des droits des minorités ?

Etes vous aveugles, mégalomanes ou sensibles aux flatteries

Cher François, est-il raisonnable d’être candidat à une primaire, celle des socialistes, qui ne peut désigner qu’un perdant ?

Cher Jean-Luc, cher Emmanuel, est-il digne de vous et de la démocratie de vous autoproclamer candidats à l’élection suprême sans avoir d’autres ambitions concrètes que d’être en fin de course, le premier des battus au premier tour de l’élection présidentielle ?

Etes-vous tous les trois assez aveugles, mégalomanes ou sensibles aux flatteries de vos entourages pour croire que vous pourriez, si les deux autres sont candidats, passer au premier tour de l’élection présidentielle devant Marine Le Pen ou François Fillon ? Et, mieux encore, avoir une majorité au Parlement pour gouverner ?

Bien sûr, le Brexit, l’élection de Donald Trump et le résultat de la primaire de la droite en France peuvent vous laisser penser que tout est possible.

Mais si vous le croyez vraiment, alors osez le vérifier en employant la seule procédure qui garantira à coup sûr au meilleur de vous trois d’être présent au deuxième tour de l’élection présidentielle : soyez tous les trois (et tous les autres qui le voudront à gauche, dont Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Yannick Jadot, Sylvia Pinel et autres) candidats à une primaire des gauches rassemblées, qui désignera le seul candidat de toute la gauche pour l’élection d’avril.

Pour que le premier tour de l’élection présidentielle ne soit pas la primaire des gauches, pour le bénéfice des droites.

La France a envie d’élire quelqu’un qui la fasse rêver, qui lui propose une ambition, un projet, une raison de croire en elle. Les Français ont envie d’être protégés, d’être mis en confiance pour oser.

Punition

La gauche, mieux que la droite, peut porter un tel projet. La gauche a toujours perdu lorsqu’elle a été désunie. Et gagné lorsqu’elle a été unie.

Tirez en les conséquences.

Chacun d’entre vous a les qualités nécessaires pour être le président qu’il faut au pays dans les cinq ans à venir. Vous êtes tous les trois compétents, habités par l’intérêt général, authentiquement de gauche. Vous consacrez tous les trois votre vie à l’intérêt général. Vous avez tous les trois une connaissance réelle du pays. Vous portez chacun un projet différent ; mais pas plus différent que ne l’étaient les projets des candidats qui se sont opposés dans la primaire de la droite, de Nathalie Kosciusko-Morizet à Jean-Frédéric Poisson.

Alors, voyez-vous, et décidez d’une grande primaire de toutes les gauches.

Annoncez clairement chacun un programme clair et ambitieux. Pensez à l’intérêt des générations suivantes, qui est la seule mission dont est en charge le président de la République française. Animez entre vous un débat public courtois et tolérant. Reconnaissez à l’avance que vous soutiendrez le vainqueur de cette primaire de toutes les gauches.

Et laissez les Français choisir celui d’entre vous qui sera le mieux placé pour porter ces valeurs.

A ces conditions, et seulement à ces conditions, vous éviterez d’être responsables, aux yeux de l’histoire, de la punition que la droite fera subir à ceux qui auraient voté pour vous.

Et rendez ainsi à la France l’espoir qu’elle mérite.

Jacques Attali est écrivain, ancien conseiller spécial de François Mitterrand de 1981 à 1991, aujourd’hui directeur du groupe Positive Planet.


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