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Inventer à gauche

Huit vérités pour faire gagner la gauche

dimanche 5 juin 2011 par INVITES

La crise et les erreurs de Nicolas Sarkozy ont creusé les déficits. Une rigueur extrême menace. Regarder en face la réalité de la paupérisation de l’Etat impose un double devoir, celui de dire la vérité pour pouvoir gouverner, celui de faire preuve d’audace pour réussir. Le Parti socialiste a adopté un projet fait d’analyses sérieuses et de propositions pertinentes. Il faut maintenant le fédérer autour de quelques orientations clefs pour convaincre dans une société inquiète et défiante qui veut que les efforts à faire soient réellement partagés.

Nous n’entendons pas nous en tenir aux points qui font un accord général, mais souligner nos préoccupations.

1- Le monde a changé et il ne sert à rien de le nier.

Il est loin le temps où l’économie mondiale s’identifiait aux Etats-Unis et à l’Europe ! L’expansion des pays émergents est cruciale pour sortir de la crise. L’investissement et la croissance dans les pays émergents créent de la demande pour nos exportations. Cela rend plus nécessaire que jamais l’investissement et la création d’emplois dans les secteurs économiques d’avenir, les énergies nouvelles, les biotechnologies, les industries numériques... Cela doit éviter de poser de façon biaisée la question du protectionnisme qui n’est pas la panacée que des partis ou des intellectuels prétendent être. Rechercher la réciprocité dans les règles commerciales est une chose, penser que la « démondialisation » est une solution serait une
grave erreur. La bonne perspective est de s’engager, qu’elles que soient les difficultés, dans la construction d’une « gouvernance mondiale » régulatrice et équilibrée.

2- La crise du capitalisme financier est un phénomène durable

Il doit être l’occasion de s’attaquer avec force à ses causes et aux déséquilibres créés : la déréglementation financière et les dérives bancaires, l’instabilité des taux de change et la sous évaluation de la monnaie chinoise, la faiblesse de la demande dans les Etats qui accumulent les surplus, les déficits excessifs dans de nombreux pays (y compris les Etats-Unis), le partage de plus en plus inégal entre les salaires et les profits distribués. Le monde que nous voulons exige de nouvelles régulations qui doivent mettre en œuvre des mesures de contrôle du capital.

3- Il n’y a rien de progressiste dans l’acceptation de larges déficits publics et de fortes dettes.

Les premières victimes sont les plus vulnérables et les plus pauvres comme elles l’étaient, il y a peu, de l’inflation. Le mieux est d’être réellement keynésien : limiter les déficits en période de croissance ; savoir les utiliser en période de récession. Aujourd’hui, alors que la reprise est faible, l’erreur fatale serait de privilégier la rigueur extrême, tout en menant, en même temps, une politique fiscale protectrice des plus riches ! Les pays nordiques montrent qu’il est possible d’avoir une économie performante, des déficits limités, une fiscalité plus juste.

4- Les difficultés de l’Union européenne sont patentes.

Des procédures de solidarité ont été mises en œuvre dans l’urgence de la crise. Mais elles sont bien insuffisantes. L’euro sera un des sujets de la campagne. Il a apporté de nombreux avantages. Mais il crée aussi des problèmes en favorisant la fiction que tous les pays membres courent les mêmes risques qu’elles que soient les politiques qu’ils mènent. Nous ne pouvons en rester là. L’acceptation d’emprunts européens est un pas
absolument nécessaire au bénéfice d’investissements d’avenir et de solidarité. Mais cela suppose d’harmoniser les politiques fiscales et d’aller plus loin dans l’intégration. Il ne peut pas y avoir d’union monétaire durable sans des formes d’union fiscale et de fédéralisme budgétaire. C’est aussi
la condition de la relance du moteur franco-allemand, comme l’ont souligné les deux rencontres de la Fondation Friedrich Ebert Stiftüng et d’Inventer à gauche à Strasbourg le 22 janvier 2011 et à Berlin le 11 mai dernier.

5- Les Français ne supportent plus, à juste titre, les inégalités accrues et les comportements indécents parmi les plus riches d’entre eux mises en évidence par la crise.

Une puissante réforme fiscale, mettant à égalité toutes les sources de revenus dans la transparence, doit être associée à lavolonté de permettre l’accès de tous à une éducation de qualité, à un logement décent, à des soins attentionnés, à la vie culturelle. La gauche doit se fixer des objectifs de réduction réelle des inégalités de la société française – avec le souci permanent d’une juste répartition des efforts - inégalités entre ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en ont pas, inégalités entre les hommes et les femmes, inégalités liées au milieu social et à l’éducation qui se forment dès la petite enfance, inégalités entre les territoires. Un accent tout particulier devra être mis sur toutes les politiques qui permettront de réconcilier les jeunes avec la citoyenneté et de développer leur sens de l’engagement
collectif.

6- Nous devons afficher clairement que nous nous inscrivons dans un nouveau paradigme que résume le terme de « social-écologie ».

Ce n’est pas une abstraction, il veut dire que, pour les socialistes d’aujourd’hui l’économie doit être un moyen ; le développement social et individuel, une finalité ; l’intégration de l’écologie dans nos politiques, une condition. Le développement durable, qui demande de construire progressivement, une économie décarbonnée, est également un projet de
société qui repose la question du travail dans notre société. La réduction du temps de travail n’était pas une erreur. C’est une nécessité dans une économie qui connaîtra à l’avenir une croissance limitée. Mais elle demande à être pensée en des termes nouveaux et innovants tout au long de la vie.
Les critères de ce nouveau modèle de développement, la durabilité, la qualité de vie, la réciprocité… posent tout simplement la question du sens de nos sociétés.

7- La droite sarkoziste, à la remorque de l’extrême droite, fait (et fera dans la campagne) de l’immigration un épouvantail.

Et cela, dans la plus parfaite hypocrisie. Nombre de conservateurs
affichés recherchant une main d’œuvre bon marché ! Les migrations continueront dans l’état du monde actuel. Pour nous, l’immigration légale est largement préférable au marché noir des êtres humains avec ses drames à répétition. Ce qui est de notre intérêt dans des sociétés inévitablement (et heureusement) vieillissantes, et, également de l’intérêt du monde (à qui il faut penser de temps en temps…), car l’immigration améliore la distribution des revenus et atténue les tensions. A nous
de veiller - sans naïveté mais sans outrance - aux conditions de l’intégration dans notre société, au respect des droits comme des devoirs qu’elle demande.

8- Pour des progressistes, la finalité de l’action politique est de construire une société meilleure et l’Etat est un instrument pour y aider.

Mais, il doit également évoluer. La solution n’est pas, comme le veulent les droites, de l’appauvrir, de le démembrer voire de le mépriser. Pour réformer l’Etat efficacement, il faut croire en l’Etat ! Notre conviction est qu’aujourd’hui en France, il faut repenser les formes de la puissance publique. Notre projet doit être profondément décentralisateur. Cela
passe par un véritable transfert de compétences et de moyens de l’Etat vers les collectivités locales,notamment les régions et les pôles urbains, dans des domaines essentiels pour l’avenir comme le développement des entreprises de tailles intermédiaires (ETI), la recherche, l’innovation, les services publics de proximité. Au-delà nous devons faire confiance à l’expérimentation et au contrat pour aller vers un Etat moderne où tous les échelons des collectivités travaillent ensemble pour optimiser l’utilisation d’une ressource publique devenue rare.

En politique, comme dans la vie, arrive toujours un moment où les intentions rencontrent la réalité et passent ensemble un test de vérité. Nous en sommes là aujourd’hui. Pour que la gauche gagne en
2012, elle doit se préparer à bien gouverner. Les crises actuelles valident plutôt les solutions de nature social-démocrate. Pour convaincre de leur pertinence, et faire face à toutes les démagogies, il faut les expliciter clairement. C’est l’esprit dans lequel nous souhaitons que les élections primaires socialistes s’engagent. Elles ne sont pas « une affaire entre socialistes », elles doivent d’emblée s’adresser à tous les Français. Le choix à faire doit être un choix positif.

Par Inventer à gauche, cercle réformiste et européen de réflexion politique

Par

Michel Destot, Député-maire de Grenoble et Président d’Inventer à gauche

Alain Bergounioux, Historien, directeur de la Revue socialiste et Vice-président d’Inventer à gauche

Catherine Tasca, Ancienne ministre, 1ère Vice-présidente du Sénat et Vice-présidente d’Inventer à gauche

Dominique de Combles de Nayves, Avocat, ambassadeur et Secrétaire général d’Inventer à gauche

Alain Richard, Ancien ministre, Trésorier d’Inventer à gauche


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