2017 - Babord Toute
Contre manifestation du 1er Mai au Trocadéro

Tout sera dorénavant comme auparavant ... et peut être même pire - lll

Qu’on donne au peuple de la brioche ... et un « nouveau modèle social »
vendredi 4 mai 2012 par Paul FAICHE

Entre ciel et terre, dominant la tour Eiffel, le candidat président virevolte en haranguant la foule réunie qui agite, telle des Pom Pom girls, les petits drapeaux calibrés BBR fournis par l’organisation Ump. C’est du plus bel effet. C’est presque aussi beau qu’en Corée du Nord. Le candidat président esquisse pas de danse sur pas de danse ; il lévite quasiment, enfin, avec un pied à terre quand même. C’est que l’homme s’entraîne déjà ; l’ascension et la disparition au firmament des martyrs c’est pour plus tard, mais pour bientôt quand même. Les bras en croix, le candidat offert, en agneau sacrificiel, au peuple BBR du Trocadéro lui délivre son premier mensonge. Il commence fort ! Vous êtes 200 000 stentorise t’il devant la foule trépignante du drapeau BBR, tel un Milosevic s’adressant au peuple serbe sur le champ des merles ; une foule qui aimerait bien trépigner plus aisément ... c’est qu’il y est bien difficile de trépigner sur place puisque, selon le décompte présidentiel, la densité de la foule, présente à ce joyeux rallye Neuilly, Auteuil, Passy, atteindrait les 18 personnes au mètre carré ... soit 555 cm2 par personne, c’est à dire un carré de 23 cm par 23 cm environ.

Tel « Marie Antoinette » qui ordonne de donner de la brioche au peuple en réclame de pain, voilà que le candidat Président Sarkozy veut donner au peuple de France, qui ne demande rien de tel, du « nouveau modèle social ».

Dans sa harangue de candidat président, presque trois quart d’heures, le rabâchage et le radotage des obsessions, des fantasmes, des haines et des vieilles lunes sarkoziennes vont, comme à l’habitude, tenir lieu de sens. Seule la proposition de « nouveau modèle social » présentera vraiment une forme de consistance, propre à faire sens, ou contre sens d’ailleurs, dans la pensée des français, c’est selon.

C’est le seul élément à retenir de ce discours, susceptible de faire avancer la compréhension sur le « chaos sarkozien » à la condition de ne pas le prendre pour argent comptant.

Le peuple français n’a pas la mémoire courte ; il vit depuis 30 ans, l’entreprise de démolition du « modèle social français qui a produit les 30 glorieuses » ; et depuis 5 ans, il est sous les coups de boutoir redoublés des croisés du clan des sarkoziens qui rêvent d’achever le boulot.

Et voilà que le candidat président Sarkozy, en guise de feu d’artifice pour clore son quinquennat, s’attache à porter l’estocade ... au peuple comme à son « modèle social ».

Il ne manque pas de culot et d’outrecuidance celui qui a, pendant tout un quinquennat, fait prendre aux français les vessies pour des lanternes, dilapidé l’argent des français, semé pauvres, chômeurs, inégalités et violences sur son passage, et qui a multiplié les sabotages du modèle social dont il était l’héritier.

Il ne manque pas de culot et d’outrecuidance, l’héritier sans reconnaissance qui met au crédit de ses politiques les amortisseurs et flotteurs dont le modèle social français est encore équipé car ils ont échappé à ses réformes. La France leur doit heureusement de n’avoir pas, comme d’autres, sombré dans la crise où l’ont aspiré les politiques sarkoziennes.

Contrairement à la religion nouvelle du président, abondamment prêchée pendant la campagne, la crise n’est pas tombée du ciel. Elle est la conséquence directe de l’acharnement opiniâtre des politiques néo-libérales à libéraliser à déréguler, à organiser le laisser faire et les concurrences déloyales, menées ici et là de par le monde et l’Europe. En France, les réformes et ruptures sarkoziennes sont des contributions directes à cette entreprise libérale de démolition à la quelle aujourd’hui, la France en crise cherche les parades et les remèdes. Le candidat président doit assumer la réalité de son bilan devant les français, et non tenter de fuir dans un imaginaire sans issue.

Et pendant que Sarkozy et sa plume parlent, place du Trocadéro, du nouveau modèle social comme s’il s’agissait du sexe des anges,

Les travailleurs et les syndicats revendiquent dans les villes de France ; on parle de 750 000 personnes dans les défilés ou de 550000 selon les sources, syndicales ou policières.

Car,dans ce discours du Trocadéro, où il veut être question d’un « vrai travail » et d’un « nouveau modèle social », rien n’est fondé sinon sur des illusions, des mépris et des méconnaissances dont déborde habituellement le discours présidentiel, qui veut, veut, et veut encore ... et ne peut pas grand chose.

- Je veux un nouveau modèle français où le coût du travail sera allégé, où tout le monde aura compris que plus le travail coûte cher, plus il a vocation à être délocalisé...

Ce n’est pas le coût du travail qui justifie les délocalisations. En effet, comment s’expliqueraient alors les relocalisations ? En réalité c’est le « coût du profit » et ses éléments qui expliquent et justifient les délocalisations : les exigences actionnariales, les coûts financiers, les évasions de la fiscalité et des bénéfices, les dumpings fiscaux ... C’est à augmenter ce coût, qui pèse sur les entreprises, que les délocalisations contribuent, parce que ce coût est aussi un profit pour ses actionnaires et le haut management qui en chargent les entreprises, pour leur plus grande satisfaction.

- Je veux un nouveau modèle social français … où l’on ne partagera pas le travail parce que c’est le travail qui crée le travail, ...

S’il était vrai que le travail créait le travail, alors il y aurait depuis belle lurette du travail pour tout le monde et de par tout le monde. Non le travail ne ressort pas de la magie d’une génération spontanée. C’est un domaine sur lequel toutes les appropriations et dominations opèrent, toutes les avidités, cupidités et malhonnêtetés se manifestent à tous niveaux, lorsque le laisser faire est devenu la règle générale.

- Les 35 heures ont non seulement affaibli nos entreprises mais elles ont aussi détruit des centaines de milliers d’emplois.

Si les 35 heures ont souffert de défauts dans leur application, il est possible de les analyser et d’y remédier sans pour autant les transformer en aubaines pour les partenaires sociaux. Elles ont néanmoins crée des centaines de milliers d’emplois, et sans doute pas autant qu’une bonne application aurait laissé espérer. Prétendre qu’elles ont détruit des emplois relève d’amalgames et de la pratique du bouc émissariat, habituelle au sarkozisme et signe de l’incompétence de ceux qui y recourent à tout moment et en tout lieu. Sait on au gouvernement que la semaine de 4 jours (32 heures par semaine) est possible ? Qu’elle est en place et fonctionne depuis des années, de façon satisfaisante pour les partenaires sociaux et efficace industriellement, dans des centaines d’entreprises ?

- La retraite à 60 ans a mis notre système de répartition au bord de la faillite.

Non, c’est le patronat et le gouvernement qui ont fait le choix délibéré de ne plus financer les besoins de ce volet de la protection sociale, et de sacrifier à petit feu le niveau de vie des retraités en le décrochant de celui des travailleurs employés. Tout est faux et mensonge dans ce dossier pitoyable des retraites , monté sur un « bobard démographique », que Sarkozy justifiait encore récemment par l’accroissement de l’espérance de vie. Pas de chance, les statistiques démentent les politiques. Cette annonce s’avère elle aussi une nouvelle tromperie : l’espérance de vie en bonne santé des français est en diminution, et on ne peut raisonnablement fonder sur elle la décision de repousser l’âge de la retraite que prône l’idéologie néo-libérale portée par Sarkozy, et consorts merkozye, Ue, Ocde, Fmi ...

- Comment demander à un ouvrier de l’industrie de travailler davantage, de faire des efforts de productivité s’il doit vivre toujours dans l’angoisse de la délocalisation parce qu’il sait que tous les efforts qu’il pourra faire ne compenseront jamais l’iniquité de la concurrence ?

A l’évidence, on ne demandera rien de tel à un ouvrier de l’industrie. Les gains de productivité sont la contribution de chacun à la richesse collective et n’ont d’autre sens que d’être répartis dans la société qui les produit ; il ne s’agit pas de s’en emparer pour constituer des compensations contre les iniquités de la concurrence. Ces iniquités ne ressortent pas du travail, mais de la responsabilité des politiques pour les taxer et les corriger, et des tribunaux pour les condamner.

- Il faut augmenter les salaires et il faut diminuer le coût du travail. Voilà le défi !

Voilà bien un défi irresponsable. Cette proposition est absurde et perverse car elle consisterait n’augmenter que l’apparence du salaire, le salaire visible, mais à rendre le travail moins créateur de richesses qu’il n’est ou n’a été. Elle consisterait à sacrifier la protection sociale qui est un salaire différé et socialisé. C’est une proposition qui détourne les richesses créées par le travail à d’autre fins que sa récompense du travail ; elle est le signe de nouvelles régressions qui n’osent se dire et se dissimulent. Ce défi absurde aboutit en fait à augmenter le « trou de la sécu », à diminuer en réalité le pouvoir d’achat des salariés qui devront financer leur propre protection sociale privatisée, et avec elle, les profits privés réalisés sur elle. C’est soumettre les salariés à de nouveaux seigneurages. Le véritable défi que relèverait un gouvernement courageux, serait celui d’un nouvel arbitrage entre les exigences et les cupidités de la finance et celles du travail et de la protection sociale des français.

....

C’est maintenant au peuple français de parler

La réjouissance du Trocadéro était l’une des dernières manifestations de la campagne du candidat président Sarkozy, manifestation de ferveur idolâtre surtout, quasi religieuse, autant sinon plus que de république.

On aurait pu entendre monter de la foule des drapeaux BBR frétillants (30 000 drapeaux, restons raisonnable) monter le chant d’espoir des bateliers des « longs fleuves tranquilles »

Sarko reviens, Sa-arko reviens

Sarko reviens parmi les tiens

Du haut de la croix indique-nous le chemin

Toi qui le connais si bien.

La campagne a présidentielle été longue. Mais l’heure des élections est arrivée qui sonnera l’issue de la bataille électorale.

C’est un moment crucial dans les temps de crise qui sont des temps où l’humanité est requise de faire des choix, pour les combats futurs dont la vie n’est pas avare particulièrement en cette période.

A l’heure où les français feront leur choix, les grecs aussi, interdits de référendum par Sarkozy et Merkel, feront les leurs.

C’est maintenant au peuple français de parler.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 232 / 10764

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Mensonges et arnaques de campagne   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License