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Le discours de Mont de Marsan

La droite a conduit le pays dans une impasse

Par François Hollande
mardi 3 avril 2012

Chers amis, nous voici dans les Landes. Je ne suis donc pas dans n’importe quel département de France ; département d’Henri Emmanuelli. Rien que pour cela je devais être parmi vous. Les Landes, département socialiste, département de Gauche, département dans lequel François Mitterrand venait régulièrement puiser des ressources qui lui permettaient de repartir au combat. Je vais m’en inspirer.
C’était il y a plus de trente ans. 1981, première victoire d’un candidat socialiste à l’élection présidentielle. Et il y en a eu une deuxième en 1988, c’était avec le même. Alors je viens vous annoncer une nouvelle. En 2012 il y aura un président socialiste qui succédera à François Mitterrand.

La société française a bien changé depuis 30 ans et rien ne se répète, rien ne s’imite. Et en même temps, les mêmes leçons valent encore aujourd’hui. Lesquelles ?
- La ténacité. Ne jamais perdre son cap. Ne pas dévier. Ne pas céder aux humeurs, aux modes, aux circonstances. Non, rien. Ne pas se détourner, rester sur l’objectif. Gagner, gagner parce que nous le devons à ce que nous portons comme intérêt, à ce que nous voulons défendre, à la France et aussi à toutes les valeurs de la République.
- Et puis, la deuxième leçon : être capable de cohérence, de savoir exactement ce que l’on peut proposer au pays ; ne pas être dans la virevolte, dans la circonstance, dans l’improvisation. Laissons ça à d’autres. Ils sont dans cette inconstance depuis toujours. Nous, nous avons un devoir plus grand encore qui n’est pas simplement de gagner mais de réussir après. Et la première leçon, c’est celle du rassemblement, du rassemblement toujours, du rassemblement des socialistes, du rassemblement de la Gauche, du rassemblement des Français, parce que nous ne voulons pas diviser, nous ne voulons pas séparer.

Nous ne voulons pas distinguer les Français selon leurs origines, leurs couleurs ou leurs convictions. Non, nous sommes candidat à l’élection présidentielle, pour demain, être le chef d’Etat de tous les Français.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Il y a d’abord le premier tour, qui est le tour majeur avant le tour décisif. C’est là où les dynamiques se construisent, c’est là où les mouvements se déclenchent. C’est là où l’espoir, à un moment, s’incarne et où le choix peut se faire au second tour. Nous sommes à la veille d’un rendez-vous très important pour le pays, pour l’Europe.

Et à chaque fois nous sommes devant les mêmes menaces, les mêmes risques.

- Le premier c’est le risque de l’abstention, parce que je connais tant de colère, tant de frustration qui débouchent sur la résignation. Tant de désespérance, tant de soumission à la fatalité. Ce serait trop dur, aujourd’hui, finalement, pour la politique de changer l’ordre des choses. Le monde serait devenu incontrôlable, l’Europe incapable et la France tellement faible que nous ne pourrions plus par la volonté politique changer.

Eh bien mois je suis venu dire à tous ceux qui doutent : oui le changement est possible. Oui le changement est nécessaire. Oui le changement est à portée de mains. Il ne dépend que de vous.

- Le second risque, nous le connaissons aussi, c’est celui de la dispersion. De ce point de vue, le candidat de droite – le candidat sortant – a fait tout ce qu’il fallait pour décourager de gré ou de force toute candidature autre que la sienne à Droite. Finalement ils s’y sont tous soumis.

Nous à Gauche, nous avons nos traditions, nos histoires, nos familles et je les respecte. Mais ce qui doit compter au moment où le choix du premier tour va se faire, ce n’est pas simplement la pluralité – elle est nécessaire à Gauche – c’est de savoir qui, qui peut conduire, réussir le changement. Qui a la responsabilité, la mission, la tache de gagner l’élection présidentielle ? Et c’est le rendez-vous que j’ai au premier tour de l’élection. C’est le rendez-vous de la victoire que je veux vous donner, donner à la France qui n’en peut plus et qui veut retrouver l’espoir.

- Et puis le dernier risque c’est celui de la confusion. Comme si d’ailleurs tous les candidats étaient en équivalence. Parfois, quand j’entends le sortant je me dis : mais, est-ce qu’il est bien le sortant ? Est-ce que je n’aurai pas manqué des épisodes ?

Il parle, il parle, il promet. Mais qui donc a gouverné le pays depuis cinq ans ? Qui dirige la France depuis dix ans ? Parfois je me demande si dans leur esprit ce ne serait pas nous qui serions sortants. Et d’ailleurs comme ils ne veulent être responsables de rien alors qu’ils sont coupables de tout, ils viennent chercher très loin la Gauche.

Ce seraient Léon Blum et les congés payés qui expliqueraient la situation dans laquelle nous sommes.
Ce serait le programme du conseil national de la résistance qui aurait finalement créé trop de droits sociaux, qui expliquerait le défaut de compétitivité.
Et puis bien sûr, ce serait François Mitterrand avec la retraite à 60 ans, Lionel Jospin avec les 35 heures.

Eh bien oui ! Nous revendiquons, nous, notre histoire. Nous sommes fiers des conquêtes sociales qui ont pu être arrachées, décidées par la Gauche pendant ces décennies.

Et voilà que le candidat sortant, toujours lui – enfin plus pour très longtemps – voilà qu’il est pris d’un trop plein d’imagination.

Chaque jour et même parfois chaque nuit, il sort une proposition sur l’emploi, sur le pouvoir d’achat, sur la sécurité. Mais je me demande : pourquoi ne l’a-t-il pas eu plus tôt, cette idée ? On lui avait laissé le temps : dix ans. Dix ans c’est long. Cinq ans comme président. Que n’y avait-il pensé ? Que n’a-t-il fait ? Et aujourd’hui, il nous annonce qu’il va présenter un projet. Une impatience nous saisit. Mais que va-t-il aller chercher ? J’ai eu la confidence : son projet c’est son bilan !

Pourquoi ferait-il différemment pour les cinq prochaines années que ce qu’il a fait depuis 2007 ? Je l’ai entendu et vous aussi, nous faire cet aveu : il a changé. Il a compris ce qu’était être président de la République. Il a mis du temps hein ! Il était dans l’apprentissage ! Long ! Moi j’appelle ça la période d’essai. On a vu.

Eh bien je vous propose de ne pas renouveler le contrat.

Et voilà qu’il fait repentance. Il veut maintenant être un président différent. Eh bien moi je vous propose plutôt que de chercher un président différent, de trouver un nouveau président . Parce que la seule question, la seule qui est posée pour le premier tour et a fortiori pour le second, c’est : est-ce que nous voulons continuer ou changer ? Est est-ce que nous volons continuer avec le même président ? Avec la même majorité ? Avec la même direction ? Avec la même politique ? Avec les mêmes résultats ? Alors nous voulons changer !

Je comprends bien qu’il voudrait que nous ne parlions pas de son bilan ; eh bien nous allons le faire.

- Quinquennat de l’échec.

Il avait annoncé que le chômage, à la fin de son mandat, devait tomber à 5 % de la population active. Et il avait même dit – car il est capable de tout – que si le chômage n’était pas à 5 % à la fin de son mandat, ce serait un échec. Nous le confirmons.

Mais voilà qu’il est devenu facétieux avec les mots. Je l’entendais l’autre jour, c’était le matin. Il évoquait un chiffre qui n’était pas encore publié, celui du chômage. Il parlait de « baisse » : déjà j’étais rassuré ; « tendancielle » : encore davantage ; mais de « l’augmentation » : voilà que j’ai retrouvé mon accablement. Et là aujourd’hui c’est le chiffre de la croissance. C’est zéro au premier semestre. Mais il paraît que la reprise est là. Il nous l’annonce. Eh bien oui, si l’on veut la reprise, il faut sans doute aussi changer de président.

- Quinquennat de l’incohérence.

Tout commence par une suite de baisses d’impôts mais pour les plus favorisés et tout se termine par une hausse de prélèvements mais sur tous les Français. Le quinquennat avait commencé avec une annonce de TVA sociale, immédiatement annulée et il se termine par une augmentation de la TVA pour le mois d’octobre. Allez comprendre ! Incohérence quand l’irresponsabilité budgétaire a été en définitive la marque de fabrique de ce quinquennat qui se termine par l’austérité parce qu’il y a maintenant le rappel de l’exigence de payer nos dettes. Incohérence aussi sur le plan international.

Dois-je avoir la cruauté — oui je l’aurai – de rappeler qu’avaient été invités à Paris, Kadhafi, puis ensuite pour le défilé du 14 juillet, le dirigeant syrien, Bacher el Assad ? Et là encore il a fallu cinq ans pour ouvrir les yeux sur ce qu’étaient ces dictatures qui massacraient les peuples. Incohérence et injustice.

- Quinquennat de l’injustice.

Tant d’injustices !

Injustice fiscale où la répartition des richesses a été aggravée encore par la distorsion dans les prélèvements, par tous les manquements à la progressivité de l’impôt. Injustice sociale. Il s’arroge finalement la fierté d’avoir remis en cause la retraite à 60 ans alors que c’était un droit pour ceux qui avaient cotisé 41 années de pouvoir partir à 60 ans. Eh bien ce droit, nous le rétablirons.

Injustice salariale. Il est demandé aux travailleurs français d’être raisonnables. Quand même, avec le commerce extérieur qui est à ce point déséquilibré, avec cette croissance qui est si faible, comment pouvez-vous demander une augmentation de votre propre rémunération ? Ce n’est pas sérieux. Ah mais si vous êtes PDG du CAC 40, vous avez droit à une dérogation, à un sauf-conduit. Vous pouvez vous augmenter ! 34 % en 2010. J’avais souhaité qu’on y mette bon ordre et dit qu’au-delà de 1 million d’euros, c’était un taux d’imposition de 75 % qui devait s’appliquer. 3 000 personnes étaient concernées. Je ne demandais pas là que des recettes nombreuses viennent combler les déficits de l’Etat mais quand même c’était une règle, j’allais dire presque de précaution. Je n’avais pas tout vu. Et voilà que nous apprenons qu’un dirigeant parmi les plus responsables s’est octroyé 16 millions d’euros de rémunération, de bonus.

Le ministre de l’Economie et des Finances trouve que c’est normal. Moi je me demande, mais qu’est-ce qu’on fait avec 16 millions d’euros ? Eh bien on paie des impôts, tout simplement parce que c’est ce que dans une société, dans une République, chacun doit faire en fonction de ses revenus ou de son patrimoine. Injustice, injustice toujours ! Injustice territoriale où les départements ruraux sont abandonnés par l’Etat, où les services publics reculent, où les écoles sont affaiblies, où les RASED sont rasés de la carte scolaire. Ces structures qui pourtant accompagnement les élèves les plus en difficulté.

Injustice territoriale aussi où les quartiers de nos villes ont été relégués, abandonnés. Injustice toujours comme marque de ce quinquennat.

Alors ils ont trouvé la réponse. Ce n’est pas leur faute. Ce n’est pas la responsabilité du chef de l’Etat. Il décide de tout mais que voulez-vous ? Il n’y peut rien. C’est la crise.

Mais qui a donc produit la crise ? Elle est venue toute seule. Elle s’est abattue sur nous comme un orage que nous n’avions pas pu anticiper. Mais la crise, c’est celle du libéralisme outrancier. La crise, c’est celle du capitalisme financier. La crise, c’est la mondialisation sans limites. La crise, ce sont les dirigeants conservateurs, qui non seulement ne l’ont pas prévenue, empêchée, mais ne l’ont pas réglée.

Il a fallu deux ans, deux ans, pour que la zone euro retrouve un début de stabilité parce que la Grèce avait connu une défaillance, deux ans pour que l’on invente des instruments, deux ans pour que l’on puisse mobiliser des fonds exceptionnels, deux ans où on a mis à genoux ce pays et où on se prépare à mettre de l’austérité partout. Voilà ce dont il serait fier ! Eh bien non ! Cette gestion-là, aussi au plan européen, méritera d’être condamnée.

C’est pourquoi j’ai annoncé dans cette campagne que, si les Français m’en donnent mandat en me portant à la tête de l’Etat, je renégocierai le traité européen. Non que je veuille remettre en cause les disciplines — elles sont nécessaires -, les obligations qui pèsent sur les Etats les plus endettés de remettre leurs finances publiques en ordre, et notamment les nôtres. Non pas que je refuse les sanctions, quand un certain nombre d’Etats ne respectent rien.

Mais il ne pourra y avoir de maîtrise de la dette, de réduction des déficits, que s’il y a de la croissance. Sinon, nous n’aurons que de l’austérité, et nous n’aurons aussi que des dettes supplémentaires, parce qu’il n’y aura pas les recettes qui permettront de les éponger. On me dit : « Mais vous allez être isolé ». Est-ce si sûr ? Certes, les gouvernements progressistes ne sont pas si nombreux dans l’Europe d’aujourd’hui. A l’évidence, les conservateurs ont organisé, si je puis dire, une « sainte alliance ». Ils se sont coalisés pour défendre le candidat conservateur, le candidat sortant. Je ne sais pas si ça lui bénéficie beaucoup dans cette campagne, d’avoir tant de solidarité d’autant de conservateurs ! Enfin, c’est sa famille.

Mais je sais aussi qu’il y en a, parmi ces gouvernements — et parfois des conservateurs — qui espèrent secrètement notre victoire, se disant : « Mais si la France, elle, arrive enfin à donner à cette Europe une autre direction, si elle permet d’aller au-delà des disciplines budgétaires et de remettre l’Europe dans une orientation de croissance, d’activité, d’emploi, de projets industriels, bref, de relance, alors nous pourrons aussi atteindre nos objectifs dans chacun de nos pays ».

Parce que, chers amis, l’élection qui va se faire en France est aussi une élection européenne.

Partout les peuples nous regardent, beaucoup nous espèrent. En Europe, les progressistes n’ont qu’une espérance, notre victoire. Ils nous disent : « Surtout, réussissez ; surtout, que les Français fassent le choix qui correspond à l’intérêt de leur pays, mais aussi à l’intérêt de l’Europe ! ». Alors, chers amis, faites un vote aussi pour le changement en Europe !

Le candidat sortant, finalement, ne pouvant présenter son propre bilan, ne peut utiliser que l’arme de la peur.

La peur ! La peur de tout, la peur de l’autre d’abord, de l’étranger, de l’immigré qui serait finalement, lui, le responsable de nos déconvenues, de notre échec. L’autre que l’on montre du doigt, l’autre que l’on écarte, l’autre que l’on soupçonne, l’étranger, le différent et même maintenant « l’apparent ». Parce qu’on peut avoir aussi une apparence ! Eh bien moi je vous le dis, dans la République telle que je la conçois, il n’y a que des citoyens ! Et je ne regarde jamais à travers leurs yeux et devant leur visage ce qu’ils pensent, ce à quoi ils croient, je ne regarde que des citoyens dans la République !

Oui la peur. La peur du changement. Rendez-vous compte, s’il n’y avait plus au sommet de l’Etat un homme qui connaîtrait déjà le fonctionnement de la présidence de la République ! Mais vous pouvez prendre le risque de choisir un candidat qui n’est pas déjà président ? Parce que maintenant, il faudrait avoir été déjà président pour le rester ? Eh bien non ! Le candidat sortant dit : « Mais je veux vous protéger ». Mais on ne lui demande rien ! Il ne nous a pas protégés pendant cinq ans, ni du chômage, ni de l’insécurité ! Il n’a pas protégé notre pouvoir d’achat ! Il n’a pas protégé notre santé ! Il n’a pas protégé nos retraites ! Alors, nous devons faire en sorte qu’il ne se protège pas lui-même.

La peur, la peur toujours. La peur de la Gauche, parce que vous le savez, pour la Droite nous avons le droit de diriger les collectivités locales — encore que c’est le suffrage universel qui nous l’a permis. Nous pouvons diriger les villes de France, les départements de France, les régions de France, mais enfin pour l’Etat, non. Une fois a suffi : François Mitterrand c’était l’exception. La Gauche avait gagné, ils l’avaient dit d’ailleurs eux-mêmes, « par effraction ». Parce que nous n’aurions pas — je ne sais pourquoi — la capacité, la légitimité, la crédibilité de diriger la France ? Mais au nom de quels critères ?

Ils nous disent :

- « Mais si la Gauche revient, elle va vider les caisses ». C’est fait ! Et c’est un lourd héritage que nous aurons à combler.
Ils nous disent :
- « Si la Gauche revient, elle va augmenter la dette ». C’est fait ! Elle est à un niveau historique, près de 90 % de la richesse nationale.
- « Si la Gauche revient, elle va augmenter les impôts. » C’est fait ! Trente taxes ont été créées depuis 2007, et les prélèvements se sont abattus sur une grande majorité de Français.
- « Mais vous n’y pensez pas, si la Gauche revient, elle mettra en cause la compétitivité de l’économie française. » C’est fait ! Nous avons perdu près de 400 000 emplois industriels. Le déficit commercial est de 70 milliards d’euros.
- « Mais alors, si la Gauche revient, elle va mettre en cause l’indépendance énergétique de la France. » Le candidat sortant va de centrale nucléaire en centrale nucléaire pour dire : « Attention, la Gauche va les fermer ». On a dit une ! Parce que nous vous voulons engager un processus de diminution de la part du nucléaire dans la production de l’électricité, mais nous voulons surtout renforcer les énergies renouvelables, développer les emplois qui correspondent à ces inventions, à ces progrès. Nous voulons économiser l’énergie, faire un plan d’isolation des logements, 1 million par an !
- Alors, « si la Gauche revient, elle mettra en cause la sécurité des Français ». Mais c’est fait aussi, hélas ! Qui a supprimé 12 000 postes de policiers ou de gendarmes depuis 2007 ? C’est la Droite ! Et pendant cinq ans, les violences aux personnes ont continué de progresser.

Mais je n’avais pas tout entendu.

- Si la Gauche revenait, les principes de la laïcité pourraient s’en trouver froissés. Mais là, c’en est trop ! Quel est le ministre de l’Intérieur qui est allé à Bourget — ce n’était pas pour la réunion que j’avais faite — en janvier 2003, devant une salle où d’un côté il y avait les femmes, et de l’autre côté il y avait les hommes ? C’est le candidat sortant, qui était ministre de l’Intérieur ! Qui a pu dire, dans notre République, que le curé ou le pasteur avait une autorité supérieure à celle de l’instituteur ? Qui a pu parler de « laïcité ouverte », alors que je ne connais qu’une laïcité, celle qui permet la liberté de culte mais aussi qui garantit le vivre ensemble dans la République ?

C’est la raison pour laquelle au lendemain de l’élection présidentielle, lorsque nous réviserons la Constitution, nous introduirons les articles principaux de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, pour que chacune comprenne bien ce qui relève de la liberté de conscience, la liberté religieuse que nous devons protéger, et ce qui appartient au domaine public dans lequel les mêmes droits, les mêmes devoirs doivent être appliqués pour tous.

La peur ! La peur est un spectre que l’on agite, une virtualité qui n’effraie que ceux qui craignent toujours que demain soit pire qu’aujourd’hui. Eh bien moi, je vous appelle au courage et à l’espérance.

La peur ne ressemble pas à la France. La peur, pour tout dire, est bien peu républicaine. La peur, c’est le repli, c’est la résignation, c’est la revanche, c’est la rancœur, c’est le ressentiment, c’est le rejet.

La France, c’est l’espérance, c’est le progrès, c’est l’égalité, c’est la confiance !

La France, la République a surmonté bien des épreuves dans son histoire, et de bien plus terribles que celles que nous connaissons. Et chaque fois, c’est toujours en allant de l’avant, en se relevant elle-même, en appelant aux valeurs les plus belles de la République qu’elle a réussi. Je veux une France plus solide, une France plus juste, une France plus confiante dans son avenir, dans sa jeunesse qui doit être à sa place, c’est-à-dire dans une situation meilleure que la nôtre. Parce que c’est ça, l’enjeu de la République, la promesse que nous devons faire à chaque génération : de vivre mieux que la précédente.

Chers amis, j’ai la même volonté, et vous avez le même engagement, la même espérance que ceux et celles qui se battaient en 1936 pour le Front populaire.

Nous avons la même volonté de changement qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, quand il fallait tout reconstruire.

Nous avons la même volonté que celle des hommes et des femmes courageux — qui n’étaient pas tous de Gauche, loin de là — qui ont voulu la décolonisation.

Oui, nous avons la même volonté que celle qui a porté François Mitterrand à la tête de l’Etat en 1981.

C’est le même mouvement que nous devons créer. C’est la même confiance que nous devons lever. C’est la France qui se bat, la France qui y croit, la France qui ne renonce à rien, la France qui porte ses valeurs de la République non pas comme un drapeau, mais comme un levier pour élever la France elle-même.
C’est ça, le rêve français, considérer que la démocratie est plus forte que les marchés, que la République est plus puissante que l’argent.

Le rêve français qui permet à chacune et à chacun de croire que la marche ne s’est pas arrêtée, que nous continuerons à avancer quoi qu’il en coûte, que l’humanité n’est pas condamnée à l’arrêt, au repli, à la régression, mais que nous sommes toujours dans la République en conquête, en conquête de droits, en conquête de liberté, en conquête d’espérance.

Il ne s’agit pas d’entretenir je ne sais quelle chimère ou illusion. Et je vous dois la vérité.

Les dettes sont à un niveau élevé, les déficits sont considérables. Même pour payer le chômage, aujourd’hui, c’est à travers la dette que les prestations sont versées.

Oui, nous héritons d’une croissance tellement faible qu’elle est devenue nulle, d’un commerce extérieur déséquilibré. Mais autant je vous dois cette vérité, autant je dois dire que je ne promettrai rien que je ne pourrai tenir. Parce que c’est mon devoir, parce que je ne veux pas décevoir.

Je veux vous appeler aussi à la lucidité. Nous avons plein d’atouts en France.

- Nous avons l’Etat, à condition qu’on ne l’abaisse pas et qu’on n’humilie pas ses serviteurs. Nous avons les services publics, à condition qu’on ne les altère pas dans leur capacité de fonctionnement.

- Nous avons des entreprises remarquables : des grandes qui conquièrent des marchés, des petites qui se battent pour l’innovation – à condition qu’on leur apporte les financements nécessaires, à condition qu’on les encourage pour investir, pour embaucher, pour exporter. Nous avons des travailleurs qui sont dotés de grandes qualités, de savoir-faire, à condition qu’on ne les abandonne pas quand, à un moment, un groupe d’actionnaires considère qu’en définitive, il n’a plus besoin d’eux, de ces travailleurs qui se sont tant dévoués pour la réussite de notre pays.

- Nous avons des chercheurs remarquables, de grands savants, des prix Nobel, et tant de jeunes qui veulent continuer à travailler en France et qu’un système administratif aboutit à faire partir à l’étranger. Eh bien nous devons retenir tous les chercheurs, les jeunes chercheurs ! Leur permettre d’avoir les moyens de fonctionner dans les laboratoires. Et, de la même manière, nous devons dire que les étudiants étrangers, les chercheurs étrangers seront bienvenus en France pour nous apporter leur talent, leurs compétences, leur invention !

- Et puis, nous avons la jeunesse de France ! Nous sommes le pays le plus jeune, en Europe. Nous avons une vitalité démographique. Nous avons une jeunesse qui ne demande qu’à servir, à condition que l’école de la République soit renforcée, que les moyens donnés à chaque jeune de réussir sa vie soient accordés. A condition que l’université et l’enseignement supérieur bénéficient, enfin, des priorités budgétaires.

Voilà nos atouts !

Et puis il y en a un autre qui ne se mesure pas, et qui s’appelle la confiance. La confiance est un mot qui ne figure pas dans les lois ou dans les règlements. La confiance ne coûte rien, mais peut rapporter énormément. La confiance ne résout pas par elle-même, mais elle autorise tout si on sait la saisir. C’est d’ailleurs ce qui fait l’enjeu de cette élection, la confiance.

Je veux redonner confiance aux Français, dans leur avenir, dans leur destin, dans leur capacité, dans leur force !

Mais je dois aussi mériter la confiance. Et c’est la raison pour laquelle des actes forts seront posés immédiatement après notre élection à la présidence de la République.

- Premier acte  : maîtriser la finance, pour la mettre au service de l’économie. Faire cette réforme bancaire qui séparera les activités de dépôt et de prêt des activités spéculatives. Mobiliser l’épargne. J’ai appris que nous avions un taux d’épargne record en ce début d’année 2012 – qui s’explique beaucoup par la crainte, la précaution. Eh bien, notre devoir sera de mobiliser cette épargne des ménages pour l’affecter à l’investissement, à l’emploi, à tout ce qui peut concourir à la croissance et ne pas stériliser cette épargne dans des placements spéculatifs ou dans les obligations d’Etat.

- Le deuxième acte que nous poserons, c’est la stimulation de l’investissement. D’où la création de la banque publique d’investissement qui accompagnera le développement des entreprises, en liaison avec les fonds des régions. Nous distinguerons les taux d’impôt sur les sociétés selon la taille des entreprises et selon que le bénéfice est distribué aux actionnaires – l’impôt sera plus haut – ou, au contraire, réinvesti dans l’entreprise – l’impôt sera plus bas.

- Nous aurons aussi un troisième acte à poser : garantir le pouvoir d’achat des Français. La première décision sera d’annuler l’augmentation de TVA prévue pour le mois d’octobre, de bloquer immédiatement le prix des carburants pendant trois mois – pour comprendre les mécanismes de la distribution – et de réintroduire la TIPP flottante, pour que l’Etat ne gagne pas un seul centime d’euro sur la hausse du prix des carburants. Nous augmenterons l’allocation de rentrée scolaire de 25 %. Nous introduirons des tarifs de base pour l’eau, l’électricité, le gaz. Nous encadrerons les loyers là où il y a visiblement un déséquilibre entre l’offre et la demande.

Et nous donnerons, dès la rentrée, priorité à l’école de la République.

Nous ne pourrons pas créer les postes qui ont été supprimées dès la prochaine rentrée : les concours auront eu lieu. En revanche, nous augmenterons les dotations aux collèges. Dotations horaires qui ont été, hélas, réduites. Et, autant qu’il sera possible, nous rétablirons les moyens des RASED vers les élèves les plus en difficulté.

Nous rétablirons l’accès de tous à la santé.

Oh, ce sera plus long, mais enfin nous pouvons déjà encadre les dépassements d’honoraires. Nous pouvons aussi engager une réforme de l’hôpital public, qui doit être un service public et pas une entreprise comme c’est le cas aujourd’hui !

Et enfin, nous engagerons tout de suite une politique de l’emploi.

Comment accepter 4 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi ? 3 millions qui n’ont aucune activité – une augmentation de plus de 35 % en cinq ans. Chômage des jeunes, chômage des séniors. C’est pourquoi j’ai fait la proposition, dans cette campagne, du contrat de génération pour que l’employeur qui garde un sénior et qui embauche un jeune avec un contrat à durée indéterminée ne paie plus de cotisations sociales. Et d’ailleurs, plus largement, l’Etat consent 25 milliards d’exonérations de cotisations sociales chaque année aux entreprises. Le principe sera posé de la conditionnalité de toutes ces exonérations de cotisations sociales par rapport à l’enjeu de l’embauche, de l’emploi, de la lutte contre la précarité – et, aussi, de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, qui est inscrite dans les lois et qui n’est pas appliquée.

Voilà, chers amis, l’autre chemin que nous voulons ouvrir ! Le libéralisme a échoué. La finance est devenue folle. La Droite a conduit le pays dans une impasse.

Ce sont donc nos idées, nos valeurs, nos propositions qui sont l’avenir de notre pays. Ces valeurs, ces principes, ce sont l’égalité, la justice, le respect, la laïcité, le patriotisme économique, le rassemblement des Français !

Je ne suis pas un candidat comme les autres.

D’abord parce que je ne suis pas un candidat sortant, je le rappelle. Mais parce que je dois être le prochain président de la République ! Parce que j’ai cette mission ! J’ai ce devoir ! J’ai ce mandat, celui que vous m’avez confié à travers les primaires citoyennes ! Je ne méconnais pas l’influence d’autres candidatures. Je respecte celles qui sont à gauche. Je reconnais celles qui sont au centre. Je combats celles qui sont à droite et à l’extrême droite. Mais ce que je dis ici, devant vous, c’est que si nous voulons changer, si les Français veulent tourner la page, je suis le seul qui, avec vous, et avec la Gauche rassemblée et, au-delà, peut écrire la prochaine !

Je mesure – Henri Emmanuelli l’évoquait – l’ampleur de ma responsabilité, parce que cela fait dix ans que la Gauche est écartée du pouvoir. Parce que cela fait depuis 1988 que la Gauche n’a pas gagné une élection présidentielle. Je mesure l’ampleur de ma tâche parce que je sais combien, dans le pays, beaucoup souffrent, attendent, espèrent. Je sais combien d’intérêts nous avons à défendre. Et, en plus, l’intérêt général du pays qui nous attend.

Donc, je suis candidat pour exercer pleinement la responsabilité du pays, pour répondre aux urgences, pour entendre des colères, pour porter des protestations, pour affirmer l’exigence d’un changement radical – sans doute. Mais, surtout, pour demain, transformer notre pays ! Je suis le candidat de la Gauche, de changement et de gouvernement ! Parce que nous avons une tâche bien supérieure à toutes les autres : nous devons diriger, gouverner et transformer notre pays, comme l’ont fait avant nous François Mitterrand, Lionel Jospin.

Ah, il faut avoir certaines qualités, j’en conviens. D’abord la sérénité. Cela nous changera de l’agitation ! Ensuite, de la cohérence. Cela nous distinguera de l’inconstance ! Enfin, de la détermination – qui n’a rien à voir avec les velléités. Et puis nous aurons aussi à assurer l’impartialité de l’Etat, l’exemplarité dans la conduite de l’Etat, l’indépendance de la justice, le respect des élus de la République, des collectivités locales, le respect des syndicats – qui ne sont pas des ennemis, mais des partenaires dans un changement nécessaire –, le respect des associations, le respect du civisme, le respect des citoyens, le respect des uns, des autres, sans distinction. Je considère que chacun, chacune d’entre vous, et au-delà, est un atout pour notre pays.

Alors le prochain président, s’il veut devenir président, devra rassembler.

- Rassembler les Socialistes : c’est mon acquis depuis les primaires.
- Rassembler la Gauche : c’est ma vocation, c’est mon devoir.
- Rassembler les Français : c’est ma responsabilité.
- Rassembler, rassembler toujours ! Et même, au lendemain du scrutin, rassembler celles et ceux – il y en aura, allez comprendre ! – qui n’auront pas voté pour nous. Il ne faudra pas les écarter. Chaque citoyen a à apporter sa pierre à l’édifice.

Mais enfin, d’abord, construisons une majorité. Je ne vous demande pas de m’aider ! J’entends le candidat sortant, à chaque fois qu’il s’adresse à son public, qui lance ce cri. Moi, je l’entends. Il vient jusqu’à moi. Il demande de l’aide ! Mais qu’a-t-il fait, d’ailleurs, pour aider les Français pendant cinq ans ? Moi, je ne vous demande pas de m’aider ! Je vous demande de VOUS aider. Parce qu’il conviendra, à vous citoyens de France, de décider de votre avenir. C’est vous qui allez porter le changement. C’est vous qui allez construire la victoire. C’est vous qui allez bâtir la majorité de demain. C’est vous qui allez décider dès le premier tour. Parce que c’est dès le 22 avril que nous devons créer la force qui ne s’arrêtera plus !

Je suis venu ici, dans cette terre des Landes, cette terre républicaine, cette terre socialiste, cette terre de Gauche, avec le souvenir de la victoire de François Mitterrand en 1981. Je le dis sans nostalgie. Je le dis, en même temps, avec émotion. Je veux vous permettre d’avoir la même fierté, le même bonheur, la même émotion que beaucoup ont ressenti ce jour-là, ce soir-là du 10 mai 1981 !

Je veux que la jeunesse de France qui n’a pas vécu cet instant, qui en a retrouvé la trace dans les livres d’histoire, puisse elle aussi avoir ce moment, où la conscience qu’un changement est là et qu’il va conduire à de nouvelles étapes de progrès crée la même ferveur, le même enthousiasme – et, en même temps, la même appréhension de se dire qu’un autre temps va s’ouvrir : celui de la responsabilité. Celui de la direction du pays. Il naît ! Avec les forces de l’argent, avec les droites coalisées, il nous faudra, là encore, être capable de nous unir.

Mais j’ai confiance. J’ai confiance dans ce moment qui arrive. Cet instant qui se décide, là, dans quelques jours ! Celui du changement. J’ai confiance parce que je vous vois réunis, rassemblés partout. Je sais que certains sont toujours pris – et ils ont raison – par une forme d’inquiétude. Et si… Et si – vous vous rendez compte ! – et si l’on en reprenait ? Non ! On n’en reprendra pas !

Parce que vous allez décider de la victoire !

Parce que le changement, c’est maintenant !

Merci à tous ! Vive la République ! Vive la France !

Voir en ligne : la vidéo du discours

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