2017 - Babord Toute
16 propositions pour faire bouger la République

2012 - L’appel aux candidats

par la France Métissée
dimanche 19 février 2012 par INVITES

Ces dernières années, la diversité ethnique, culturelle ou religieuse de la société française a été abordée sur le mode du rejet. Débat sur l’identité nationale, puis sur la laïcité et l’islam, mise en cause de la binationalité, polémique sur des quotas ethniques dans le football… Le débat politique a donné l’image d’une France défensive, d’une identité transformée en citadelle assiégée face aux risques « allogènes ». Nous avons protesté. Nous avons résisté contre ces coups portés à notre vivre ensemble, contre ces « débats » transformés en panels islamophobes nauséabonds, contre ces dérapages scandaleux indignes de notre République. Comme si le sens de l’Histoire était négatif. Comme si la France n’était toujours pas mûre … Aujourd’hui, nous proposons des changements. Nous parions ici sur une autre réalité. Nous estimons que, derrière l’instrumentalisation politique régressive, derrière les crispations bien réelles d’une partie du corps social, une France diverse, et qui se conçoit comme telle, émerge.

La vision historique de la nation a longtemps été figée dans l’immobilité, enfermée dans le passé de la « France éternelle », close, hermétique aux réalités des outremers, hermétique aux apports des Français issus de l’immigration de l’après-guerre et des ex-colonies. Certes, cette immigration
fut conçue comme temporaire : les migrants sont venus participer à la reconstruction de la France, mais avaient vocation à retourner dans leur pays d’origine. La France ne cherchait pas à les intégrer. A partir de 1974, elle a même cherché à les faire repartir, de gré voire parfois de force. Beaucoup sont pourtant restés, leurs enfants sont nés français. Cette vision
de la nation avait une tentation ethnique : une identité nationale perçue comme blanche. On voit d’ailleurs la difficulté à dire ces réalités : les Français noirs et arabes sont nommés à travers des termes euphémisés (black, beur…), comme s’il s’agissait d’oxymores…

Aujourd’hui, enfin, la France commence à reconnaître la diversité de ses visages en politique, dans les médias, dans l’entreprise. Mais beaucoup s’arrêtent là : ils acceptent la diversité des visages mais pas la diversité des messages. L’identité nationale n’est plus ethnique, mais elle est encore culturaliste.

Les Noirs, Arabes et Asiatiques peuvent être français, mais à condition de s’assimiler. En adoptant la culture, les codes, les référents de la France d’hier. Ils doivent réciter « nos ancêtres les Gaulois », devenir plus français que les « Français de souche ». Dans cette optique, l’islam ne fait pas partie de la République. Et les musulmans doivent être « discrets », selon le mot malheureux d’une ministre : discrets, car ils ne sont pas (ou moins) chez eux en France.

Les « débats » de ces dernières années ont été instructifs : ils ont tourné à la déconfiture de leurs auteurs. La vision culturaliste de l’identité nationale, particulièrement virulente, est désormais minoritaire. Notre République est certes, indivisible mais elle a évolué avec les nouvelles minorités, comme
elle a, jadis, évolué avec d’autres.

Elle se doit d’intégrer non seulement leurs visages mais aussi leurs messages – leurs apports culturels. Elle doit permettre à tous de partager un grand récit national modernisé.

On peut être noir, arabe ou asiatique et français. On peut être musulman et français. On peut avoir des Quick halal en France ! L’islam est la deuxième religion de France. Alors, oui, l’islam fait désormais partie de la République.
La France ne régresse pas, elle progresse, elle est mûre. Il y a quinze ans, il était impossible pour un maire de soutenir la construction d’une mosquée sur sa commune.

Ces messages fondamentaux qui s’enracinent, nous entendons les aider à s’imposer définitivement. Tel est l’objet de notre Livre blanc : construire le vivre ensemble, et plus seulement résister contre son détricotage.

Nous formulons en ce sens seize propositions, travaillées avec seize contributeurs, et demandons aux candidats à la présidentielle de s’engager à les mettre en œuvre, s’ils sont élus, pendant la mandature. Certaines sont novatrices, ou issues d’expériences étrangères réussies. D’autres viennent de travaux antérieurs, mais sont toujours d’actualité. Certaines, enfin, sont défendues dans différents manifestes – cela témoigne de leur pertinence. Plusieurs propositions visent à lutter contre les discriminations qui s’expriment dans la vie quotidienne : emploi, logement, éducation, administration, politique… Elles sont à la croisée de la question sociale, celle des quartiers populaires, et d’une question propre aux minorités visibles.
D’autres sont symboliques, et tout aussi importantes. Parmi les mesures proposées, plusieurs se veulent réparatrices. Elles ont, de ce fait, vocation à être limitées dans le temps. D’autres devront être pérennisées.

Toutes ont deux préalables implicites.
- Le premier est que l’on soit capable de mesurer les discriminations et leurs évolutions. L’encouragement à rendre compte de nos réalités – celles de notre école, de nos entreprises et administrations, de nos productions culturelles – est une nécessité pour avancer. Le temps des polémiques sur les « statistiques ethniques » est révolu. Des compromis ont été trouvés, notamment avec le rapport remis par François Héran à Yazid Sabeg. Il faut nous en saisir.
- Second préalable : sortir du faux débat entre républicains et communautaristes. La France doit reconnaître la diversité de ses citoyens, et elle peut le faire sans renier son modèle républicain. Le projet que nous défendons inscrit notre vision de la France dans le mouvement, et non dans le repli, il nous propulse dans la modernité et dans l’ouverture. Il veut valoriser l’apport des minorités à notre socle commun et à notre dynamique
d’avenir. Il consacre l’addition de nos différences et de nos ressemblances.

Ce Livre blanc, finalement, ne parle pas de la diversité, il parle de la France. Il ne constitue pas une synthèse des revendications des minorités, il cherche à bâtir le vivre ensemble collectif, à « faire société », en rassemblant
l’ensemble des territoires de la République et l’ensemble des citoyens dans une dynamique commune. C’est le Livre blanc des Noirs, Arabes, Asiatiques… et Blancs de France. Le Livre blanc de la France de demain

16 propositions pour faire bouger la République

- Pour une loi sur l’équité en matière d’emploi à la française
Proposition de laurence méhaignerie, présidente d’Equity Lab et sociologue

- Créer des emplois francs pour réduire le chômage des zones urbaines sensibles
Proposition de Yacine djaziri,entrepreneur, président de la Nouvelle PME

- Favoriser l’émergence d’une élite issue des minorités visibles
Proposition de carole da silva, présidente de l’AFIP

- Favoriser le réinvestissement bancaire dans les quartiers populaires
Proposition d’olivier ferrand et Kent Hudson

- Impulser la mixité dans le logement
Proposition de mehdi thomas allal, responsable au pôle anti-discrimination à Terra nova, et Noémie Houard, politologue

- Systématiser les bonus incitatifs à la diversité dans la culture
Proposition de pascal blanchard, historien, et marc cheb sun, directeur de la rédaction de Respect mag

- Créer un espace citoyen autour des mémoires des minorités
Proposition de françoise vergès, politologue

- Donner un statut aux langues de France (Hexagone et Outremers)
Proposition de victorin lurel, député, président de la région Guadeloupe, et marc vizy, coordinateur du groupe Outre-mers à Terra nova.

- Innover pour un enseignement dès le primaire en phase avec les évolutions de notre société et son avenir
Proposition de malik cervier, enseignant

- Ouvrir l’école de la République par le jumelage entre différentes écoles et l’inclusion des cultures des primo arrivants
Proposition d’esther benbassa, directrice d’études à l’École pratique des hautes études (Sorbonne)

- Former les professeurs à la réalité des quartiers populaires
Proposition de Jean-claude tchicaya,porte-parole du collectif Devoir de mémoire

- Promouvoir la diversité dans l’enseignement supérieur et la recherche
Proposition de maria giuseppina bruna, chargée d’enseignement à l’Université Paris-Dauphine

- Faire entrer la diversité à l’Assemblée nationale
Proposition de françois durpaire, président du mouvement pluricitoyen

- La reconnaissance symbolique de l’islam et du judaïsme dans le calendrier républicain
Proposition de ousmane Ndiaye, journaliste et olivier ferrand, président de Terra nova

- Créer un ministère d’État consacré à la diversité et à l’égalité
Proposition louis georges tin, président du Cran

- Restaurer le lien de confiance entre citoyen-ne-s et police
Proposition de Rokhaya diallo, éditorialiste et militante associative

Les initiateurs de l’appel aux candidats

- Les 16 propositions sur le site de Terra Nova

- Les mêmes sur le site de Respect Mag


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