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Aller à l’idéal et comprendre le réel

Moi Jaurès, candidat en 2012

Adresse aux candidats et à ceux qui vont les choisir
mardi 3 janvier 2012

Le 18 octobre 1885, à vingt-six ans, Jean Jaurès est élu à la Chambre des députés. Durant 29 ans, par son action parlementaire, comme écrivain et journaliste, il exprimera clairement sa conception d’une société humaine, respectueuse de l’individu. Par Jean-Pierre Fourré

- Jaurès a toujours souligné la nécessité de défendre la République, ses institutions, ses réalisations, contre les conservateurs « révisionnistes » qui rêvaient d’un troisième Empire.
- Jaurès a parfaitement décliné l’organisation de cette société qu’il voulait idéale pour l’accomplissement de l’être humain.
- Jaurès a démontré que ses propositions formaient un tout cohérent, adaptables au gré des contraintes nouvelles d’un monde en constante évolution, mais en restant toujours ferme sur les principes.
Quoi de plus actuel ?

Et si Jaurès se présentait à l’élection présidentielle de 2012 ?

S’il se présentait à l’élection présidentielle de 2012, alors que les candidats confrontent leurs propositions devant les citoyens, Jean Jaurès apporterait une précieuse contribution aux débats.

Sur l’essentiel des dossiers d’actualité, Jaurès s’exprimerait, sans complaisance, pour rappeler ses idées forces à tous ceux qui se présentent aux suffrages, particulièrement à ceux qui se désignent « de gauche ».

Il aurait soin de balayer les faux-semblants, les utilisateurs de petites phrases, les opportunistes.

Il interpellerait nos prétendants à la fonction présidentielle, en tribun qu’il était, avec son mémorable accent du sud-ouest afin de les inviter à prouver par leurs propositions et leurs actions ce qu’est leur idéal.

Il saurait les interroger sur leur appréhension du monde.

Sans nul doute Jaurès leur dirait de ne pas opposer avec manichéisme, réalisme et idéalisme : « Aller à l’idéal et comprendre le réel », le socle de son action politique.

Aujourd’hui le nom de Jaurès est régulièrement usurpé par des personnalités en mal de citations. Des extraits, des phrases, sortis de leur contexte, sont utilisés à des fins très électoralistes et en toute ignorance de sa pensée politique.

Demain les citoyens choisiront leur candidat à la fonction présidentielle. Jean Jaurès ne sera pas candidat.

Mais lequel des postulants pourra se réclamer du grand homme ?

Nous avons pris ici le parti de publier les éléments réunis par l’auteur autour des questions importantes de retraite et de temps de travail qui structurent, concrètement, les existences d’une majorité des françaises et français.

Qu’a t’il dit sur la retraite ?

« La question des retraites ouvrières et paysannes a fait hier un pas décisif : le gouvernement a pleinement adhéré au projet de la commission ... qui, tel quel, réalise pour le prolétariat un progrès immense. Ce projet l’emporte par deux traits essentiels sur celui qu’avait préparé le ministère Waldeck-Rousseau.

D’abord il fixe à 60 ans, et non pas à 65, l’âge auquel dans le régime normal, commencera la retraite, et si, dans la période transitoire il ne fait commencer la retraite qu’à 65 ans, c’est pour l’abaisser rapidement, par des séries de paliers, à 64, 63, 62, 61, enfin 60 ...

Il est bien vrai que les salaires pourront s’accroître, que, par suite, les prélèvements sur les salaires et le versement égal des employeurs seront plus élevés, qu’ainsi le complément à fournir par l’Etat pour le service de la penslon minimale sera moins considérable ... »
(Article, L’Humanité - 13 Juillet 1904)

« Mais je répète que, de toutes les formes d’assurance, celle qui a le plus de noblesse morale, c’est l’assurance contre la vieillesse, précisément parce qu’elle oblige l’esprit de l’homme à se préoccuper d’un objet lointain, et parce que, ne pouvant pas selon les lois de la nature, profiter individuellement à tous, elle a plus que toutes les autres formes d’assurance un caractère de mutualité.

C’est toute une classe, toute la grande classe des salariés, qui s’assure elle-même et qui est assurée par l’industrie et par la nation contre un risque de misère et d’abandon dans la dernière période de la vie ...

Elle doit intervenir à un âge où l’ouvrier, où l’homme, s’il n’est pas prématurément usé, doit pouvoir travailler encore. La retraite conçue comme le brusque arrêt total de l’activité humaine me parait une chose horrible, à la fois contraire aux intérêts économiques de la nation et à la santé de l’individu ...

La vérité est qu’il faut qu’à l’heure où la force des travailleurs commence à fléchir, ils puissent se dire ceci : que s’ils sont, en effet, obligés de s’arrêter tout à fait, ils auront une retraite suffisante, ou que, s’ils ont seulement besoin de se ménager, de prendre quelques jours ou quelques semaines de relâche, afin de ne pas arriver à l’épuisement, ils le pourront grâce à leur retraite, sans s’infliger de trop dures privations.

C’est dans cette pensée que nous demandons que l’âge de la retraite soit abaissé normalement à 60 ans, sauf à être abaissé davantage dans certaines industries, comme la verrerie, qui sont particulièrement épuisantes. »
(Article, La Dépêche de Toulouse - 16 Juin 1911)

« Je crois que la contribution patronale est un élément nécessaire des retraites ouvrières et paysannes. Je crois - c’est une vérité traditionnelle et banale dans la doctrine socialiste - que le bénéfice patronal, que le profit du capital provient d’un prélèvement sur le travail, et qu’il serait extraordinaire que ceux qui bénéficient de la force de travail de leurs ouvriers ne soient pas appelés, au moins en quelque mesure, à assurer ces ouvriers contre les conséquences de la vieillesse ... »
(Intervention, Chambre des députés - 16 décembre 1911)

« C’est donc, en France, pour l’organisation normale de l’assurance sociale contre tous les risques, une dépense annuelle forcée de 1200 à 1500 millions ... S’il en est ainsi et si le problème est posé en ces termes, oh ! certes il n’est pas insoluble, et il sera possible - je le dis bien haut - de demander, par des moyens divers, cette somme considérable à l’impôt progressif sur le revenu, impôt progressif sur les successions, surveillés dans tous les pays au moyen d’une législation internationale, participation large de la nation aux bénéfices, aux produits de toutes les entreprises qu’elle concède et qu’elle livre aujourd’hui presque gratuitement. Voilà, à coup sûr, des sources multiples et abondantes de revenus légitimes ... »
(Intervention, Chambre des députés - 16 décembre 1911)

Et sur la réduction du temps de travail ?

« Et tous les jours c’est la journée de huit heures qui devient la principale revendication de la classe ouvrière. Cette idée n’apparaît plus dans le lointain ...

A coup sûr, des étapes seront ménagées : des transitions seront étudiées, pour que l’industrie s’adaptant à ce régime nouveau ne réduise ni la production ni les salaires. Qu’on ne dise point que c’est une chimère. Depuis un siècle, depuis le développement du machinisme, la réduction graduelle de la journée de travail s’est toujours accompagnée d’un progrès de la production et d’un accroissement des salaires ... »
(Article, La Dépêche de Toulouse 07 avril 1901)

Les employés de maison de commerce ont bien raison de lutter pour obtenir une réduction de la journée de travail et un peu de liberté le dimanche. ..

Il paraît que si les magasins laissent un peu de liberté à leurs employés l’après-midi de dimanche, les ménages ouvriers ne pourront plus faire leurs achats ...

En fait les ménages ouvriers trouveront bien le moyen de faire leurs achats, même si les employés de magasin ne sont pas tenus à l’attache tous les jours de la semaine et toutes les heures du jour. Et d’ailleurs, s’il en résultait quelque dommage pour les ménages ouvriers, ce serait une raison pour réduire la durée excessive de la journée ouvrière : ce ne serait pas une raison pour maintenir l’esclavage des employés ... »
(Article, La Petite République - 28 mars 1899)

« Demandons que dans l’industrie la journée de travail soit réduite à huit heures. De cette façon, les heures de travail en sus que ne feront plus ceux qui travaillent se convertiront en journées de travail pour ceux qui chôment. Chaque ouvrier travaillant moins longtemps, il y aura du travail pour un plus grand nombre d’ouvriers. Et, en même temps, les industriels routiniers, qui ne luttaient qu’en prolongeant outre mesure la journée de travail, seront obligés de perfectionner leur organisation et leur outillage ...

« Des ouvriers intelligents se lèveraient et ils diraient : « ... Nous demandons que la loi nous garantisse un jour de repos par semaine ». Et on leur répondrait, comme aujourd’hui pour les huit heures : « Mais vous n’y pensez pas ! Mais vous allez priver les ouvriers qui veulent travailler d’un jour de salaire sur sept ! »

Or, le dimanche existe, dans les faits sinon dans la loi ; et les ouvriers ne sont pas moins payés, en somme, que s’il n’existait pas, car si tous travaillaient aussi le dimanche, on les paierait moins les autres jours de la semaine. lis n’auraient pas le moindre loisir régulier ; ils auraient des chômages plus terribles, et ils ne gagneraient pas un sou de plus.

Concluez ! »
(Article, La Dépêche de Toulouse - 01 aôut/1891)

- La retraite et au temps de travail, éléments essentiels dans une vie de travail, sont deux des trente thèmes d’actualité choisi par Jean-Pierre Fourré dans son ouvrage. Pour illustrer au mieux la pensée de Jean Jaurès sur ces thèmes, il sélectionne les phrases les plus significatives.

- Le livre de Jean-Pierre Fourré est publié par les éditions Matignon

Qu’en disent :

- Jean Pierre Chevènement

- François Hollande

- Jean Luc Mélenchon


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