2017 - Babord Toute

Macron, le chômage résiste

mercredi 3 janvier 2018 par INVITES

Battre le fer quand il est chaud. Depuis son élection, Emmanuel Macron a appliqué avec détermination la devise du forgeron. Et il n’en a pas fait mystère
lors de la présentation de ses voeux aux Français, le 31 décembre 2017 : il va continuer « au même rythme » et « avec la même intensité », convaincu que la première année de son mandat est « cruciale » pour enclencher la transformation du pays.

De fait, le programme de travail du gouvernement pour les prochains
mois est impressionnant. A une délicate révision constitutionnelle (visant notamment à réduire le nombre de parlementaires et à introduire une dose de proportionnelle dans le mode de scrutin législatif) et aux projets de loi sur l’immigration et l’asile, sur le logement, sur le droit à l’erreur pour les entrepreneurs, sur la police de sécurité du quotidien, sur l’égalité entre les hommes et les femmes, s’ajouteront, dès janvier, deux décisions qui ne manqueront pas de soulever des polémiques : l’éventuelle réduction à 80 km/heure de la vitesse autorisée sur les routes nationales et départementales et le choix de réaliser ou d’abandonner le projet d’aéroport de Notre-Dame-des- Landes (Loire-Atlantique), près de Nantes. Sans oublier le « sursaut européen » auquel appelle le chef de l’Etat, de concert avec la chancelière
allemande Angela Merkel.

Mais, sans mésestimer l’ampleur et la difficulté de ces chantiers, c’est sur le terrain de l’emploi et du travail que va se jouer, pour une large part, la crédibilité du président. Après celle du droit du travail réalisée à l’automne 2017, trois réformes – de l’assurance chômage, de la formation professionnelle et de l’apprentissage – sont désormais à l’ordre du jour.

Comme le candidat Macron l’a maintes fois expliqué durant sa campagne et comme il l’a redit le 31 décembre en faisant du travail « le coeur de notre projet de société », leur ambition commune n’est pas seulement d’assouplir les règles du jeu social, mais de les transformer en profondeur.

A ses yeux, l’Etat ne doit plus se contenter d’assurer à chacun un filet de sécurité contre le chômage et la précarité ; il doit, au contraire, se comporter en « investisseur social », capable de former ou de requalifier chaque travailleur pour lui permettre de trouver sa place dans un monde chamboulé par l’innovation, la numérisation et la globalisation de l’économie. Bref, de passer d’une logique « réparatrice » à une conception « préparatrice », pour reprendre la formule du politologue Zaki Laïdi.

L’enjeu est central. Car, depuis des lustres – exception faite de la décrue observée il y a vingt ans sous le gouvernement de Lionel Jospin et il y a dix ans au tout début du mandat de Nicolas Sarkozy –, le chômage de masse est le symptôme le plus criant de l’impuissance des gouvernants à soigner les maux qui minent le pays et, du même coup, la confiance des citoyens.

Comment pourrait-il en être autrement ? Que l’on analyse les données trimestrielles de l’Insee (qui retiennent la définition du chômage fournie par le Bureau international du travail) ou celles, mensuelles, des inscriptions à Pôle emploi, les chiffres sont impitoyables.

Selon la première, l’on comptait, au sens strict, 830 000 chômeurs (soit 3,6 % de la population active) en 1976, 1 500 000 (6,4 %) en 1981, 2 500 000 (10,1 %) en 1993 et quasiment 3 000 000 (10,6 %) mi-2015. Certes, l’inversion de la courbe, tant espérée par François Hollande, a fini par s’amorcer : au troisième trimestre de 2017, on ne comptait plus, si l’on ose dire, que 2 715 000 chômeurs en France métropolitaine. Mais la baisse du taux de chômage (9,4 % de la population active) reste très lente (–0,3 point sur un an).

La dernière enquête de Pôle emploi, portant sur le mois de novembre 2017, confirme la tendance. En dix années de crise aiguë, depuis novembre 2007, le
nombre des chômeurs de catégorie A (ceux qui n’ont aucun emploi) a bondi de 2,1 millions à 3,45 millions pour la France métropolitaine et il s’est tout juste
stabilisé (– 0,1 point) sur la dernière année. Et, si l’on ajoute les chômeurs de catégories B et C (ceux qui ont une activité réduite, de plus ou moins 78 heures dans le mois), l’envolée est saisissante : 3,1 millions il y a dix ans, 5,6 millions aujourd’hui.

En outre, les données de Pôle emploi confirment deux phénomènes particulièrement inquiétants.

- Le premier est l’augmentation de l’emploi précaire, dont les chômeurs de catégories B et C sont l’un des indicateurs. Ils étaient 2 157 300 en novembre
2017 (+ 7 % en un an).

- Le second est l’enkystement du chômage de longue durée : sur les 5,6 millions d’inscrits à Pôle emploi en catégories A, B et C, 2,5 millions le sont depuis plus d’un an (en hausse de plus de 4 points depuis novembre 2016).

Ces constats sont d’autant plus rudes pour le gouvernement que celui-ci bénéficie d’un contexte nettement plus favorable qu’il y a un an. Avec une croissance qui flirte avec les 2 % en rythme annuel, la France profite de l’embellie économique mondiale et européenne.
Les sociétés du secteur privé ont d’ailleurs créé près de 300 000 emplois depuis un an. Quant au moral des chefs d’entreprise, il s’est sensiblement amélioré depuis l’élection de M. Macron, ce qui n’est pas un mince avantage, tant l’économie est aussi une affaire de psychologie.

Pour autant, le chômage résiste.

Et il reste, selon les enquêtes récentes, la préoccupation numéro un des Français, devant le terrorisme et loin devant les inégalités, les impôts, l’insécurité ou l’immigration.

Le chef de l’Etat est donc prévenu : son ode au travail ne prendra sens que si, dans les douze à dix-huit mois qui viennent, il parvient à résorber le chômage
de manière significative. Faute de quoi, la confiance relative dont il bénéficie n’aurait guère de chance de résister.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 24 / 11993

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Après l’élection présidentielle   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License