2017 - Babord Toute
Ordonnances de la loi travail

Pourquoi Macron se trompe t’il ... et trompe, en même temps, tous les françai(se)s ?

vendredi 22 septembre 2017 par INVITES

Les ordonnances Macron accablent le travail et les travailleurs ... mais elle accablent aussi les entreprises ! Voyons comment.

Les ordonnances supputent que la flexibilité favorisera l’emploi !

Supputation hasardeuse : C’est oublier en effet que les entreprises disposent déjà et depuis longtemps de souplesses (emplois temporaires, etc.) et qu’elles n’ont pas résolu pour autant la question du chômage.

C’est un premier point pour contester, sur le fond, ces ordonnances : Loin des milliers d’emplois promis, presqu’aucune n’a d’ailleurs utilisé les accords Fillon de 2004, et ceux de maintien dans l’emploi introduits en 2013, qui remettaient déjà en cause le principe de faveur.

C’est oublier surtout qu’une entreprise embauche pour produire et ne produit plus que si elle escompte vendre plus, et que c’est la politique économique qui détermine la demande globale.

Le gouvernement se décharge ainsi de ses responsabilités en laissant accroire que ce sont les entreprises qui déterminent la demande globale.

Par ce premier acte, couplé à une nouvelle cure d’austérité budgétaire, le gouvernement tourne le dos aux priorités pour relancer l’emploi.

Pour relancer l’emploi, deux vois s’imposent :

- Engager la reconstruction pour les besoins sociaux et écologiques,

- Remettre en cause le pouvoir de la finance, le libre-échange, les politiques d’austérité en Europe, les inégalités qui – l’OCDE le reconnaît elle même -étouffent l’activité.

Les ordonnances détruiront des emplois.

- En facilitant les licenciements d’abord.

Grâce à son régime plus strict en l’espèce, l’Allemagne n’a pas réduit l’emploi en 2009.

- En favorisant un surcroît d’austérité salariale ensuite.

Les seuls accords visés par les ordonnances sont en effet des accords de
« moins-disant social », les entreprises ayant toujours eu la possibilité – c’est l’essence du principe de faveur – d’accorder plus à leurs salariés ; Prime d’ancienneté ou 13e mois prévus par les accords de branche pourront ainsi être supprimés.

Au dumping social externe, par le libre-échange et les travailleurs détachés, s’ajoutera donc le dumping social interne, avec ce souci que les ordonnances détruiront aussi l’investissement.

Nous vivons dans des sociétés salariales. Près de 90 % des emplois sont salariés et ce sont les salaires qui portent l’essentiel de la consommation (80 % des débouchés) ; l’investissement (20 %) dépendant largement de la consommation.

Les PME pourront établir des accords en contournant les délégués syndicaux.

Un cadeau empoisonné à y bien réfléchir.

Les PME sont, en effet, souvent en situation de sous-traitance avec de grands groupes, lesquels exigeront qu’elles mobilisent ces « nouvelles souplesses » pour comprimer leurs prix. Nouvel oubli : le droit du travail a été conçu pour protéger la partie faible, le salarié, mais aussi comme « loi de la profession », pour empêcher le dumping social entre entreprises.

Le patronat le plus autocrate est encouragé.

Nulle trace dans les ordonnances d’une plus grande place pour les salariés.

- La fusion des instances du personnel réduit leur capacité d’action.

- Le recours à des experts est raboté : l’instance unique devra financer certaines missions à hauteur de 20 % et sera d’autant plus découragé à le faire qu’est introduite la « fongibilité des parts sociale et économique » de son budget ; il y aura à choisir entre expertise et arbre de Noël.

En Allemagne, le conseil de surveillance nomme le directoire de l’entreprise ; il est composé pour moitié de représentants des salariés dans les entreprises de plus de 2000 salariés (un tiers dans les plus de 500) et les CE sont possibles dès 5 salariés.

Cette co-détermination, à l’instar de la cogestion suédoise, favorise la
coopération, l’investissement dans la qualification et finalement la productivité.
Le travail suppose un engagement de la personne, on travaille mieux quand on a le sentiment d’être bien traité et la coopération suppose de la sécurité.

L’adaptation sans fin aux exigences de la finance

Ces leçons de bonne gestion sont balayées au profit de l’adaptation sans fin aux exigences de la finance. En symbiose avec elle, est promue l’« entreprise liquide » avec des salariés « jetables ».

Est ainsi niée l’entreprise pour ce qu’elle doit être, une institution collective, sociale, dont la vocation pour produire est de mobiliser un collectif de travail.

Un financier achète et revend des titres le jour même, mais on n’achète pas des machines, on n’embauche pas des salariés, pour s’en débarrasser ainsi.

Logiques financière et d’entreprise sont antithétiques comme le soulignait Keynes.

Contester au fond les ordonnances suppose d’articuler les registres de la lutte des classes et celui de la démocratie.

Celui traditionnel de la lutte des classes - il y a bien régression pour les salariés - mais aussi celui de la démocratie. Celle-ci a un volet libéral, liberté de penser, de s’associer, de contracter, et un qui ne l’est pas ; le primat du suffrage universel, de la loi, de l’Etat, de l’intérêt général, n’en déplaise aux libéraux, n’étant pas réductible au jeu des intérêts particuliers.

- Ce qui vaut pour un pays, vaut pour l’entreprise.

Celle-ci ne se réduit pas aux actionnaires qui souvent la connaissent peu ; les grands fonds ont des participations très minoritaires dans des milliers d’entreprises. Il existe, par-delà les conflits bien réels qui la traversent, un intérêt général de l’entreprise, qu’il importe de porter contre la vision libérale.

- Aller au fond du sujet, c’est aussi admettre que le salariat est émancipation avant d’être exploitation.

Le code du travail a institué le statut salarié contre celui de « louage d’ouvrage », par lequel les ouvriers s’auto-exploitaient ; au XIXe siècle les Prud’hommes opposaient souvent les ouvriers entre eux.

Le salariat libère le travailleur du tâcheronnage, du marchandage, il l’inscrit dans un collectif de travail, l’entreprise justement. Il y a bien lieu de le défendre face à l’asservissement ubérisé.

- Aller au fond du sujet, c’est enfin défendre l’Etat social, avec le droit du travail, mais aussi la protection sociale, les services publics.

Puissions-nous donc éviter le tête-à-queue observé contre la loi El Khomri, où un mouvement de défense du principe d’ordre social, contre le primat des accords d’entreprise, s’est parfois rapetissé en happening libertaire contre l’Etat.


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