2017 - Babord Toute
Discours présidentiel du congrès de Versailles

Où est passée l’égalité républicaine ?

Liberté- Egalité- Fraternité
dimanche 9 juillet 2017 par Antoine SEREINE

Le mot « Liberté » revient le plus souvent dans le discours de Versailles, 29 occurrences sont dénombrées ; il est suivi de très loin par les mots « Egalité » (6 occurrences) et « Fraternité » (3 occurrences). Par ailleurs le discours se structure autour de 4 principes d’action énoncés - Liberté, Fraternité, Intelligence, Paix - desquels l’« Egalité » est absente. L’« Intelligence » (7 occurrences) et le mot Paix (7 occurrences également) se partagent la place d’« Egalité » dont valeur et principe ne sont pas mis à leur juste place par le nouveau président. C’est le cas de l’Europe, un de ses projets fétiche, d’où l’égalité est absente : « C’est un projet de paix, de liberté, de progrès, qui a été pensé et agi avec courage par les générations qui nous ont précédés et avaient vécu la guerre. »

Que dit le président à propos de l’Egalité républicaine

Extraits du discours de Versailles utilisant le mot Egalité :

- 1/ Je refuse pour ma part de choisir entre l’ambition et l’esprit de justice. Je refuse ce dogme que pour bâtir l’égalité, il faudrait renoncer à l’excellence, pas plus que pour réussir, il ne faut renoncer à donner une place à chacun. Le sel même de notre République est de savoir conjuguer ces exigences, oui, de faire tout cela, en quelque sorte, « en même temps ».

- 2/ Ce qui manque à la société pour devenir plus juste et plus efficace ou plus exactement plus juste parce que plus efficace, plus efficace parce que plus juste, c’est une éthique de l’action et de la responsabilité partagée, c’est la fidélité à notre histoire et à notre projet républicain en actes car la République ce n’est pas des lois figées, des principes abstraits, c’est un idéal de liberté, d’égalité, de fraternité, chaque jour re-sculpté et repensé à l’épreuve du réel.

- 3 / La liberté forte que nous avons à bâtir, c’est ce combat pour toutes les mobilités, ce combat pour les accès, ce combat pour que nul de nos concitoyens ne soit exclu des voies du progrès, du droit de faire, d’essayer pour échouer peut-être ou pour réussir.
C’est le combat de la mobilité économique et sociale par le travail et par l’effort pour tous nos concitoyens, quel que soit leur quartier, leur prénom, leur origine. C’est le combat pour l’égalité pleine entre les femmes et les hommes. Ce beau combat dont notre pays a perdu il y a quelques jours, quelques jours à peine, une figure essentielle en Madame Simone VEIL.

- 4/ La liberté forte, c’est la liberté de choisir sa vie. Car la liberté est ce qui réconcilie précisément la justice et l’efficacité, la possibilité de faire et l’égalité vraie. 

- 5/ Dans les années à venir, le rôle de la France sera de défendre la sécurité, l’égalité face aux excès, les libertés, la planète face au réchauffement climatique, tout ce qui constitue notre bien commun universel et qui aujourd’hui dans trop d’endroits est remis en cause !

- 6/ Non, (le peuple français ) nous demande ce que la philosophe Simone WEIL appelait l’effectivité. C’est-à-dire l’application concrète, tangible, visible des principes qui nous guident. Le refus d’être pris en défaut, et de clamer des principes dont nous ne poursuivons pas sans relâche l’application.
Le principe d’effectivité, c’est pour vous, pour moi, pour le gouvernement, de ne jamais cesser de se demander si nous sommes en pratique fidèles à nos principes, c’est-à-dire d’abord à la liberté, l’égalité, la fraternité.

Où est passée l’Egalité Républicaine

- Dans le premier extrait, le président s’engage donc à conjuguer, dans le même temps, « excellence » et « égalité ». La France deviendra t’elle prix d’excellence en matière d’égalité ?

- Dans les extraits 2 et 6, le président renvoie au principe républicain exprimé dans le triptyque républicain « Liberté Egalité Fraternité ». On reconnait bien là un homme de principes, 27 occurrences de ce mot dans son discours, presque autant que pour « Liberté ».

- Dans les autres extraits, le président nous parle d’ égalité pleine, d’égalité vraie, et d’égalité face aux excès. Ce trop plein de formes d’égalité apporte la confusion. Que sont ces excès auxquels l’égalité devrait faire face ? Des excès sociétaux, des excès financiers, des excès économiques ... ?

Pourquoi ne pas parler de l’Egalité républicaine, qui est une égalité en droit ? C’est à dire une égalité qui répond aux limites posées par la loi, à ce qui ne nuit pas à autrui et qui est fondée sur l’utilité commune. La promesse d’égalité républicaine n’implique t’elle pas la lutte contre toutes les inégalités ?

Mais la réalité historique n’a jamais été à la hauteur de la promesse républicaine ; l’histoire chahutée de la République nous montre abondamment que la République est toujours en construction ... et non seulement en marche.

Qu’est ce que le principe républicain d’égalité

L’égalité républicaine est définie dans les article 1 et 4 de la déclaration des droits de l’homme de 1789 qui figurent au préambule de la constitution actuelle.

Art 1 : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Art 4 : La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Ce que cette déclaration ne dit pas, ce sont les intentions qui ont présidé à cette écriture de la déclaration de 1789. A l’époque, il s’agissait, pour la république, de sortir de l’oppression que faisaient peser sur les citoyens nouveaux les lois et coutumes de l’ancien régime et de ses privilèges. La revendication d’égalité, c’était de la résistance à l’oppression.

En 2017, nombre des oppressions anciennes se sont maintenues, principalement économiques, et des nouvelles sont apparues, sociétales, écologiques ... L’exigence d’égalité, en réponse à ces oppressions, est toujours actuelle, et les attaques nombreuses contre son principe. Sur le plan économique, on déplore, en France comme dans le monde entier, la montée des inégalités, et sur le plan sociétal, l’égalité ploie sous le nombre des attaques identitaires, fondées sur la subversion du principe et sur son détournement à des fins privées.

Quels sont les 4 principes d’action du nouveau président ?

- 1/ Le premier principe doit être la recherche d’une liberté forte. En matière économique, sociale, territoriale, culturelle, notre devoir est d’émanciper nos concitoyens. C’est-à-dire leur permettre de ne pas subir leur vie mais bien d’être en situation de la choisir. De pouvoir « faire » là où trop souvent nos règles entravent au prétexte de protéger.

- 2/ Mais cette liberté ne se tiendrait pas si notre deuxième principe d’action n’était de retrouver le socle de notre fraternité.

- 3/ Le troisième principe d’action de notre mobilisation sera de redonner place à l’intelligence française.

- 4/ J’en viens à présent au dernier principe de l’action que j’entends mener : construire la paix.

L’égalité est nécessaire à la paix, en France et en Europe

-  La lecture des deux premiers principes d’action montre que le président subordonne la Fraternité et l’Egalité à sa vision du principe de Liberté.

Si la Fraternité reste un principe d’action, il n’en est pas de même de l’Egalité qui ne prend pas valeur de principe, aux yeux du président ; elle apparait comme résultat d’action ou de combats, sous produit de la Liberté. Cette hiérarchisation des valeurs républicaines, fusse t’elle limitée à l’organisation de l’action présidentielle, est caractéristiques des libéralismes de toute sorte, libéraux, libertaires, libertariens ... dans lesquels les valeurs universelles de la République se perdent ... au profit de l’idôlatrie de la liberté.

La République Française repose sur le socle et triangle républicain - Liberté Egalité Fraternité - et c’est sur le respect de ce socle, de cette trinité républicaine, que les françaises et français élisent et mandatent leurs présidents.

- Le troisième axe d’action du nouveau président concerne l’Intelligence française à laquelle il veut faire et rendre toute sa place.

Louable intention, que le nouveau président devrait bien appliquer en premier lieu au phénomène du chômage. Le mot lui même est utilisé avec parcimonie et reçot la part congrue, seulement 2 occurrences dans le discours.

Le chômage est le plus grand gaspillage d’intelligence et d’énergie humaine et, en même temps, le plus grand pourvoyeur d’inégalités. Il s’est établi, lors de la « décennie noire » (1974-1984), sur un socle à 8% d’où il a fluctué depuis 30 ans, sans jamais en redescendre. Depuis la création de l’Euro, le chômage français est sensiblement égal à celui de la zone euro. En 2014, le chômage de l’UE 28 atteignait 26 millions de personnes, presque la totalité de la population active française !

Ce n’est pas « conchier » (sic) l’UE que de pointer la responsabilité de ses politiques dans le chômage en France ; c’est simplement regarder la vérité en face, sans fard ni colère.

Le problème est que l’objectif affiché d’« En Marche » est de ramener le chômage à 7,4% de la population active en fin de quinquennat ; cela signifie que le président et son gouvernement ne vont pas s’attaquer au socle du chômage, mais qu’ils feront mine de le faire, espérant seulement voire évoluer ses fluctuations dans un sens favorable, ce que Hollande, tel Godot, attend toujours et attendra probablement longtemps, si ce gouvernement reste sur ses illusions actuelles d’objectifs et de moyens.

La flexi-sécurité, au coeur de la loi travail 3, réputée pratiquée en Suède et au Dannemark n’a cependant pas résisté à la crise des sub-primes et de l’Euro, et l’OCDE a cessé d’en faire la promotion. Aucune étude économique ne montre de vertus à la flexibilité du travail. A contretemps et sous l’influence des lobbys patronaux, le gouvernement en fait néanmoins un pilier de son plan concernant la rénovation du code du travail. Comprenne qui peut ...

La création d’un chômage de masse (le socle) lors de la « décennie noire », tient à la montée de la population active (arrivée du Baby boom et féminisation de l’emploi) qui ne fut ni anticipée, ni contrecarrée ; le faible taux de croissance et les gains de productivité se compensèrent alors pour limiter la création d’emplois et installer l’insuffisance de l’emploi.

L’INSEE prévoyant la poursuite de la montée de la population active jusqu’en 2025, au rythme observé depuis les années 1995, la France pourrait se trouver lors du prochain quinquennat dans une configuration économique similaire à celle de la décennie noire ; et le nouveau président, répéter les erreurs de ses prédécesseurs.

- Le dernier principe d’action du nouveau président est la construction de la Paix

La Paix est une aspiration universelle des peuples. Elle ne peut être confondue avec le silence des canons, qui met fin aux guerres, ni avec le mépris de classe, qui instaure les divisions civiles et la paupérisation générale.

La construction de la Paix appelle à un apprivoisement réciproque des violences, de la violence, du juste et de la justice.

Et pour ce faire, on reviendra pas sur l’importance et sur la nécessité d’un principe d’action et d’un progrès portant sur l’« Egalité républicaine » en France ; c’est un défi aussi important que ceux des transitions écologique ou numérique ou de l’humanisme pour assurer la paix civile, en France et en Europe, nécessaire à la prospérité économique.

Sans ce défi, la France sera bien incapable de porter les principes auxquels l’Europe manque et dont elle a un besoin impérieux pour subsister et prospérer.

Quand à la paix en Europe, où est elle ?

S’il fut porteur de paix et de progrès, force est de constater que le projet européen a déraillé, qu’il est régressif et attentatoire à la démocratie, et qu’en matière de Paix, il n’est qu’incantatoire.

L’Union Européenne a, en vérité, établi les conditions idéologiques et matérielles d’une guerre économique entre ses membres, faute de la maitriser au delà de ses frontières et dans ses textes fondateurs.

- C’est une guerre économique réelle qui est menée contre la Grèce,

- C’en est une autre qui a été menée contre le Royaume Uni, lequel a choisi le Brexit pour s’en défendre,

- C’en est encore une autre que la « Guerre de l’Austérité », menée par tous et contre tous au nom de la compétitivité, qui pourrait conduire à une désagrégation ou à une dissolution.


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