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Pour une gauche de gauche

Ensemble pour changer de gauche

Le manifeste de la Gauche Unitaire
dimanche 29 mai 2011 par INVITES

Depuis l’éclatement de la crise des subprimes aux États-Unis, les dirigeants du monde capitaliste jurent, la main sur le cœur, qu’ils ont compris la leçon, qu’ils vont réguler l’économie, moraliser le capitalisme, assécher les paradis fiscaux, renforcer les institutions financières internationales. En pratique, confrontés à la faillite de leur système, ils se comportent tels des pompiers pyromanes. La production industrielle s’affaisse partout, la récession frappe la quasi-totalité des pays, l’économie mondiale plonge, mais ils continuent à agir comme auparavant, en dépit de la catastrophe présente : ils restent dans les clous de la libre concurrence et de la compétitivité, ils inondent les marchés de liquidités, ils volent au secours des banquiers et infligent aux populations de nouvelles cures d’austérité, ils vont même jusqu’à expliquer cyniquement que la dépression doit être mise à profit pour accélérer ce qu’ils appellent les « réformes »…

Ce faisant, ils préparent les crises de demain, lesquelles seront encore plus dramatiques pour le plus grand nombre. Ils peuvent bien nous annoncer quotidiennement que la reprise se profile, que le bout du tunnel est proche, le directeur de l’Organisation mondiale du commerce, le très « socialiste » Pascal Lamy nous a déjà prévenus : nous sommes durablement devant « la
première crise globale de l’humanité ».

Sortir de la crise par une alternative de rupture

Ce n’est pas d’une « moralisation » du système que nous avons le plus urgent besoin, c’est d’une logique qui s’attaque enfin aux mécanismes d’un capitalisme toujours plus prédateur. Une alternative de rupture
se révèle chaque jour plus indispensable :

- pour donner la priorité à la satisfaction des besoins sociaux, plutôt qu’à la soif de bénéfices de l’infime minorité qui possède déjà tout…

- pour répondre aux revendications populaires en matière de pouvoir d’achat (pas de salaire en dessous de 1 600 eurosnet, 300 euros tout de suite pour toutes les rémunérations), d’emplois (interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des profits, instauration d’un droit de veto des organisations de salariés sur les plans sociaux…), ou de services publics (arrêt des privatisations et des suppressions de postes dans la fonction publique), il convient de prendre sur les profits, de récupérer les subventions indûment accordées aux entreprises, d’interdire les stocks options et autres parachutes dorés, de s’atteler à une redistribution audacieuse des richesses. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en revenir simplement au partage de la valeur ajoutée qui prévalait voici 20 ans, que le capital a fait évoluer de dix points à son avantage, permettrait par exemple de récupérer 176 milliards
d’euros chaque année…

- pour que nos vies cessent d’être systématiquement sacrifiées sur l’autel du tout-marché, la puissance publique doit reprendre possession des leviers essentiels de contrôle de l’économie, un pôle public doit regrouper l’ensemble du système bancaire et de crédit, les notions de propriété sociale et de planification démocratique doivent redevenir d’actualité…

- pour faire face aux menaces de destruction de l’existence humaine que la course au profit, étroitement associée au productivisme, fait peser sur la planète, il faut une grande politique de planification écologique. La logique de l’intérêt général doit s’imposer dans ces domaines essentiels de la vie collective que sont la santé, les équipements, les transports, les activités industrielles ou agricoles…

- pour que la démocratie redevienne synonyme de souveraineté du peuple, en permanence et dans tous les domaines, qu’elle en finisse avec l’atrophie insupportable que lui font subir les institutions quasi-monarchiques de la Ve
République, qu’elle fasse tomber cette frontière symbolique qu’est le droit de propriété capitaliste en s’imposant jusque sur les lieux de travail, en faveur des travailleurs.

Nous le savons cependant, pas plus qu’hier face à la mondialisation du capital, la réponse à une crise globalisée ne proviendra du seul cadre des nations. L’Europe peut être un cadre pertinent pour affronter les défis colossaux du moment . À condition qu’elle rompe résolument avec une construction qui discrédite , dans la conscience des peuples, l’idée européenne elle-même.

Nous avons besoin d’une Europe qui s’émancipe de ses traités synonymes de destruction des droits sociaux et de régression démocratique, à commencer par le traité de Lisbonne.

- D’une Europe d’un bouclier social, qui protège le monde du travail des effets de la crise.
- D’une Europe de l’interdiction des licenciements et des délocalisations, du Smic européen, du retour au service public.
- D’une Europe qui mette fin à l’indépendance de la Banque centrale, afin de disposer des moyens de réorienter l’économie.
- D’une Europe de l’harmonisation sociale et fiscale par le haut.
- D’une Europe d’une autre politique agricole commune, qui prenne le parti des petits agriculteurs contre les multinationales de l’agroalimentaire.
- D’une Europe du respect et de l’extension des droits des femmes, à commencer par leur droit à disposer de leur corps, donc de l’Europe d’une laïcité reconquise afin de soustraire le continent à l’influence de ce nouvel obscurantisme qui, depuis le Vatican, excommunie à tout va.
- D’une Europe de l’égalité des droits pour tous ses résidents, et singulièrement de la régularisation des sans-papiers.
- D’une Europe de la démocratie, non celle de petits cénacles qui agissent en toute opacité, mais celle des peuples décidant souverainement de la construction politique qu’ils veulent pour eux.
- D’une Europe de la paix et du co-développement, donc d’une Europe qui renonce aux ingérences impérialistes et néocolonialistes, qui sorte de l’Otan, qui retire toutes ses troupes des théâtres d’opération où elles se trouvent engagées, de l’Irak à l’Afghanistan.
- D’une Europe qui s’engage pour le respect des droits des peuples et, par exemple, conditionne tout accord avec l’État d’Israël à la reconnaissance du droit du peuple palestinien à un État viable, sur l’intégralité des territoires occupés avec Jérusalem-Est pour capitale.

Faire front pour rassembler une gauche de gauche

Deux grandes logiques traversent la gauche.

- La première est exprimée par la direction du Parti socialiste. Celle-ci entend pousser les feux de la « modernisation » libérale de la gauche, dont elle cherche en permanence à satelliser les composantes essentielles. Elle se trouve engagée dans une mutation qui la mène — à l’instar des autres sociales-démocraties d’Europe — à n’être plus qu’un centre gauche à la Blair, à la Schröder ou à la Veltroni. Elle est tentée de chercher sur sa droite le chemin de son retour au pouvoir. Elle s’oppose essentiellement sur la forme aux projets de Sarkozy. Faute de répondre aux attentes et revendications populaires, si aucune offre alternative n’émerge, elle ouvre ce faisant la voie à de nouveaux échecs calamiteux, voire à une désintégration comparable à celle de l’Italie.

- L’autre logique est celle de l’affirmation d’une gauche qui se tourne vers les classes populaires et réponde à leurs aspirations, qui ne se dérobe pas à la rupture avec l’ordre établi parce qu’elle entend faire renaître l’espoir du changement social, qui prenne appui sur la redistribution radicale des richesses et la démocratie pour ouvrir un chemin à l’alternative au capitalisme libéral. C’est celle que nous défendons.

Savoir laquelle de ces deux orientations l’emportera est décisif. Mais aucune force ne peut, à elle seule, incarner un début d’alternative crédible au sarkozysme et au social-libéralisme. L’éparpillement, les logiques du repli identitaire ou de la concurrence délétère les menacent toutes d’impuissance, voire, pour certaines, de ralliement au Parti socialiste. C’est la raison pour laquelle le rassemblement de toutes les énergies anticapitalistes et antilibérales se révèle déterminant. Et c’est autour d’un corps de mesures d’urgence sociales, écologiques, démocratiques que cette convergence peut se réaliser, prolongeant sur le terrain directement politique et électoral les revendications portées par les luttes.

Comme en Allemagne, avec Die Linke, au Portugal, avec le Bloc de gauche, en Grèce, avec la coalition Synaspismos-Syriza, dans d’autres pays d’Europe encore, les forces existent pour y parvenir.
Des débats traversent d’ailleurs toute la gauche sur la solution susceptible de sortir de l’impasse où nous enfoncent les sociaux-libéraux. Ils font écho à ceux qui apparaissent, dans le même temps, au sein d’un mouvement social où la conscience grandit du besoin de réponses politiques s’articulant aux confrontations de classes. Preuve d’une disponibilité qui s’accroît, lors des élections municipales de mars 2008, ce sont les listes qui rassemblaient le plus largement des forces d’origines diverses, sur des propositions de changement radical, qui ont obtenu les scores les plus importants, à gauche du PS. Et, pour le scrutin européen du 7 juin 2009, la formation d’un Front de gauche, sur une base de rupture franche avec l’Europe du « marché ouvert et de la concurrence non faussée », est à son tour venue confirmer que le rassemblement de la gauche de gauche est la condition du surgissement d’une proposition politique à la hauteur de la situation.

En pratique, il se vérifie au quotidien que l’émergence d’une véritable alternative à la droite sarkozyenne et au social - libéralisme passe par la construction de fronts politiques unitaires, s’efforçant de rassembler les différentes composantes de la gauche de transformation, du PCF au Parti de gauche et aux diverses composantes de la gauche alternative, du Nouveau Parti anticapitaliste aux courants de gauche encore présents dans le PS ou chez les Verts, en passant par les collectifs anti libéraux…

Il importe, de surcroît, que puissent se joindre au processus des dizaines de milliers de syndicalistes ou de responsables associatifs à la recherche d’une alternative politique, les militantes et militants actifs dans les quartiers populaires, les jeunes qui ont fait ces dernières années leur première expérience collective dans le mouvement altermondialiste ou les combats pour l’école publique…

Changer de stratégie, pour changer de gauche

Dans ce mouvement de reconstruction unitaire, le débat sur les conditions d’une majorité et d’un gouvernement de rupture est évidemment fondamental. Chacun connaît les raisons des défaites et de la désorientation qu’a connues la gauche ces 25 dernières années, comme de sa crise présente : la domination d’un PS poussant toujours plus loin sa démarche d’adaptation au capitalisme libéral. Les forces qui, dans le passé, à l’instar du Parti communiste ou des Verts, se sont alliés à lui dans ces conditions, pour tenter d’infléchir à gauche sa politique, n’ont cessé d’échouer.

Il s’impose d’ouvrir une nouvelle voie au combat pour la transformation sociale. Celle-ci suppose de faire le pari résolu de l’indépendance envers le Parti socialiste et l’orientation qui le domine. D’affirmer, en conséquence, une proposition de nature à faire bouger les lignes au sein de la gauche, à y bouleverser les rapports de force, à mettre un terme à l’hégémonie dont y dispose le social-libéralisme. De créer, ce faisant, les conditions d’un gouvernement portant le fer au cœur des logiques libérales et capitalistes, mettant en œuvre, sans crainte de s’affronter aux forces dominantes, les grandes mesures d’une politique visant à la satisfaction des besoins sociaux les plus urgents.

Des coalitions gouvernementales ou parlementaires sous la domination d’un PS qui a renoncé à défendre une alternative au libéralisme conduiraient immanquablement à des catastrophes similaires à celles du passé. En prendre acte ne peut toutefois s’apparenter à une indifférence envers les débats traversant le reste de la gauche, voire à une posture qui, sous prétexte de méfiance envers les dérives institutionnelles d’hier, ne répondrait pas à la question centrale du pouvoir.

Cela aboutirait à laisser les dirigeants du PS libres d’accuser la gauche de gauche de céder aux facilités de la « protestation », comme ils aiment à le dire, en leur permettant de conserver le monopole d’un comportement « responsable ». Pire, cela stériliserait la gauche de transformation en une attitude d’incantation impuissante, dans l’attente illusoire que les mobilisations, parvenues à un certain degré de radicalité, se dotent par elles-mêmes d’un débouché politique.

Or, l’expérience historique en fait foi : dans nos sociétés complexes disposant d’une réelle vie démocratique, aussi corsetée soit-elle par les institutions de la classe dominante, la rupture avec le capitalisme ne
s’opérera pas par la simple généralisation des luttes conduisant à un bref et unique affrontement avec l’État. Si elle veut réellement être l’expression consciente et démocratique des classes populaires, elle s’appuiera inévitablement sur un processus conjoint de mobilisations sociales prolongées et d’élections. Ce qui permettra, à chaque étape, de renforcer,
de légitimer et d’exprimer pleinement les aspirations majoritaires du
peuple, tout en garantissant à ce dernier le contrôle constant du processus de transformation de la société.

Il convient, par conséquent, sans préalable mais ans atermoiements, d’ouvrir la discussion publique sur les termes du problème à gauche du Parti socialiste : ou l’on gouverne aux conditions du libéralisme et du capitalisme ; ou l’on gouverne à gauche, en s ’appuyant sur les aspirations des salariés autant que sur leurs mobilisat ions propres et en prenant une série de décisions rompant avec la logique libérale-capitaliste.

Autrement dit, une gauche de transformation sociale et écologiste se doit de poser les conditions à partir desquelles une solution gouvernementale pourra ouvrir la voie au changement social et marquera une claire rupture avec les alternances calamiteuses que nous avons connues depuis 1981. Elle s’engagera dans le soutien à un gouvernement s’orientant dans la direction d’une semblable rupture radicale. À l’inverse, elle s’opposera à un gouvernement autant qu’à une majorité parlementaire tournant une fois de plus le dos aux intérêts des travailleurs et de la jeunesse.


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