2017 - Babord Toute

Toujours pas de programme commun de la gauche ...

Le programme présidentiel de Benoit Hamon nécessite quelques réparations ...
jeudi 16 mars 2017 par Antoine SEREINE

Le projet d’un futur désirable et celui d’une république bienveillante et humaniste est digne d’une gauche forte, généreuse et combattante ; il pourrait constituer la trame d’un programme commun de la gauche ; mais comme toujours, le diable se loge dans les détails et nous nous livrerons ici à une revue de détail des aspérités, et à leur « limage », pour mieux approcher le programme d’une gauche honnête, qualité dont cette élection semble bien dépourvue.
« Je ne détiens pas la vérité », déclarait Benoit Hamon lors de la présentation de son programme, « mais je veux vous proposer un chemin. C’est celui du courage et de l’inventivité. » Nous aimerions qu’il s’agisse d’un courage et d’une inventivité, pas seulement intrépides, mais surtout utiles à la victoire de la gauche ; soyons clair, il manque encore à ce programme le rassemblement avec celui de Mélenchon, candidat de la gauche radicale, dont Montebourg a récemment et publiquement demandé le retrait.

Les commentaires qui suivent sont en caractère droits, et sont replacés, au fil de l’eau, dans le contexte des éléments du programme annoncé (en caractère italique et capitales)

POUR LE TRAVAIL ET L’EMPLOI, RÉUSSIR LA TRANSITION ÉCONOMIQUE

Pour répondre aux mutations du travail, je créerai une CONTRIBUTION SOCIALE SUR LES ROBOTS. Elle alimentera un Fonds de Transition Travail (FTT), dont la mission sera de créer autant d’emplois nouveaux que ceux qui disparaîtront, et de financer la formation des salariés à ces nouveaux métiers. Les entreprises dont la robotisation s’accompagne d’une augmentation des effectifs seront dispensées de cette contribution.

Les robots sont des machines outils ou algorithmes dont l’intelligence ne doit pas faire illusion. Si la fin du travail devait s’annoncer, on n’en voit toutefois pas les signes, et les robots n’y seraient pour rien.

Les responsables de la fin du travail, si elle devait advenir, seraient en fait celles et ceux qui l’organisent et leurs politiques ; les français les connaissent, ce sont eux qui animent les politiques néo libérales de compétitivité, technocrates, chef d’entreprises, politiciens, qui transforment l’industrie et le commerce en terrains de compétition et de luttes ... à mort.

Taxons plutôt, justement, les profits des entreprises qui substituent les robots, machines ou algorithmes à l’emploi puis s’en lavent les mains ; c’est dans les profits que se retrouvent les richesses créées par les équipements, machines et robots.

POUR PRÉSERVER NOTRE PLANÈTE, TRANSFORMER NOTRE MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT

Je porterai à 50 % LA PART DES ÉNERGIES RENOUVELABLES dans le mix électrique d’ici 2025 en favorisant la production décentralisée et citoyenne d’énergie, avec un objectif de 100 % de l’énergie en 2050. Pour sortir du nucléaire à l’horizon d’une génération (objectif 25 ans), je fermerai les réacteurs en fin de vie durant le quinquennat et je garantirai les emplois du secteur énergétique.

L’objectif de sortir du nucléaire en 2050 implique l’abandon d’une filière industrielle énergétique, comme ce fut déjà le cas dans les années 70, sous l’impulsion des politiques de Giscard d’Estaing, avec l’abandon de la filière graphite gaz. L’histoire se répète.

Ce choix n’est pas manifestement pas fondé en raison, puisque dans le contexte climatique actuel et des engagements de la COP21, les centrales nucléaires présentent des avantages certains en matière d’émission de carbone.

C’est un choix incohérent avec celui qui figure au chapitre Défense de pérenniser le nucléaire militaire et la menace de l’arme atomique.

La peur du nucléaire civil l’emporterait elle sur celle du nucléaire militaire ?

En finale, ce choix est fondé sur la défiance et les peurs délibérément entretenues et instillées par les organisations écologistes qui instrumentalisent à cette fin les accidents survenus et prêchent l’apocalypse climatique.

Mieux vaudrait apprendre aux citoyens à gérer les peurs individuelles et collectives, à en identifier les sources, et à prendre de la distance d’avec les idéologies qui les utilisent à des fins inavouées.

Pour une FISCALITÉ PLUS VERTE, je modulerai la TVA en fonction de l’empreinte environnementale, je plafonnerai puis supprimerai progressivement les niches fiscales anti-environnementales en commençant par la fiscalité du diesel, en mettant en place une taxe carbone.

Cette proposition est incohérente. La technologie diesel produit moins de pollution carbone que la technologie essence. Si cette taxe était mise en place elle devrait frapper en priorité les véhicules à essence.

Pour LUTTER CONTRE LES PARTICULES FINES dans l’air, responsables de plus 40 000 décès par an, je programmerai la sortie maîtrisée du diesel à horizon 2025 pour les voitures neuves.

Il y a dans les agglomérations un réel problème de pollution de l’air qui appelle à des solutions et chaque français aimerait que l’Etat se saisisse d’un programme cohérent et global sur le sujet.

Le choix de la suppression du diesel à l’horizon 2025 apparait comme un choix sacrificiel. Pour apaiser les dieux des écologistes, on fait du diesel un bouc émissaire. Sa suppression ne changerait pas grand chose à la pollution des villes et laisserait subsister les problèmes qu’elle pose. Les mesures réalisées à Paris, en agglomération, montrent que le trafic routier (essence et diesel confondus) représente seulement 8% de la pollution globale. En ciblant le diesel, on ignore ainsi 95% de la pollution et le problème de pollution reste entier.

Par ailleurs, programmer la suppression des voitures neuves est certainement la plus mauvaise idée qui soit ; mieux vaudrait envoyer à la casse les plus anciennes, celles ci étant les plus polluantes car la technologie des filtres anti pollution progresse.

Enfin, des études récentes, indépendantes, montrent que les nouveaux moteurs à essence, à injection directe, émettent jusqu’à 10 fois plus de particules fines cancérigènes que les moteurs diesel récents. Devraient on planifier aussi la fin de cette technologie ?

Dernier point, les mesure réalisées sur le périphérique routier parisien ont montré que la part de pollution du traffic routier y est 5 fois plus importante (40%) que dans l’agglomération (8%). Peut être pourrait t’on supprimer le périphérique ... ou les villes ?

Pour développer les NOUVELLES MOBILITÉS, j’offrirai des alternatives à la voiture individuelle.

L’usage des voitures individuelles facilite l’accessibilité des lieux aux personnes handicapées moteur ; cette mobilité devrait être favorisée. On pourrait ajouter que les hôpitaux auront obligation de créer, dans leur emprise, des parkings à l’usage des personnes handicapées moteur.

POUR DES SERVICES PUBLICS FORTS, MODERNES ET PROTECTEURS

- POUR LA SANTÉ ET LE BIEN-ÊTRE

Je proposerai UNE POLITIQUE AMBITIEUSE DE PRÉVENTION en luttant contre le tabac, l’abus d’alcool, l’air pollué. J’interdirai les pesticides et les perturbateurs endocriniens dangereux, et je renforcerai la vaccination et le dépistage.

Je légaliserai l’USAGE DU CANNABIS pour les majeurs, j’encadrerai sa distribution pour tarir les trafics à la source et protéger nos citoyens des pratiques des dealers. J’utiliserai les moyens dégagés pour mieux prévenir la consommation de drogues.

Du point de vue de la POLITIQUE AMBITIEUSE DE PRÉVENTION, il n’y a aucune raison que le cannabis soit traité indépendamment du tabac, de l’abus d’alcool, de l’air pollué. Mais du point de vue de sa légalisation, il y a bien des raisons pour que celui ci soit traité différemment du tabac dont la vente légale a généré un traffic illégal, et contribué à des épidémies vasculaires, cardiaques et pulmonaires et à leurs suites douloureuses et malheureuses.

La dangerosité du tabac, ses atteintes à la santé et son cout social sont bien connus ; il en est de même des problèmes que posent sa vente légale et son corollaire, la contrebande. La dangerosité du cannabis est également connue mais ses utilisateurs et partisans veulent délibérément l’ignorer.

Il devrait être tiré leçon de l’expérience du tabac et ne pas répéter, avec le cannabis, les erreurs de sa légalisation qui en a facilité les abus. La mission de la loi est elle d’anesthésier le peuple ? De faire du cannabis, comme du tabac, un nouvel opium ?

- POUR UNE JUSTICE ACCESSIBLE, PROCHE ET RAPIDE POUR UNE SOCIÉTÉ APAISÉE

Pour assurer la protection des citoyens avec plus d’efficacité et de rapidité, LES MOYENS DE LA JUSTICE – civile, sociale, pénale – seront augmentés. Je poursuivrai sa modernisation et sa simplification afin qu’elle soit plus accessible et plus proche, pour les petites comme pour les grandes affaires.

Dans l’énumération des juridictions – civile, sociale, pénale – la juridiction familiale est ignorée. Elle représente pourtant des dizaines et centaines de milliers d’affaires, plus de 500 magistrats et de multiples souffrances. Pour bien des citoyen(ne)s, comme pour les enfants, elle est souvent le premier contact avec le droit et la justice. Hors la justice familiale est une justice qui très souvent abime les familles et le futur des citoyen(ne)s et de leurs enfants, et peut le rendre indésirable ; c’est aussi une justice sexiste, une justice qui ne rend pas la justice et se mue trop facilement en police des moeurs, c’est donc une justice qui doit rendre des comptes aux citoyen(ne)s de ses faits et méfaits.

Certes, cette justice a aussi besoin de moyens, de modernisation, de simplification, ... mais cela ne suffit pas à la justice familiale qui a besoin d’un bon et large chantier de reconstruction. Depuis plus de 20 ans, ce chantier est à l’abandon [1] ... et les dommages ou blessures portés aux enfants et à leurs parents sont quotidiens et irréparables.

- POUR DES SERVICES PUBLICS PROTECTEURS

Je créerai des OBSERVATOIRES CITOYENS DE LA QUALITÉ du service public, avec les associations d’usagers, les organisations syndicales, l’expertise des agents publics, pour identifier les réussites, les blocages, les améliorations.

Voilà une excellente idée, applicable immédiatement au chantier de la justice familiale, mais insuffisante cependant, car la reconstruction nécessaire de la justice familiale suppose bien plus qu’un seul observatoire. Pour mettre en oeuvre une reconstruction, une conférence citoyenne est indispensable.

- POUR UNE FONCTION PUBLIQUE CONSIDÉRÉE ET MOBILISÉE

Le programme affiché apparait très corporatiste.
Qu’en est il de la qualité de l’accueil des publics ? Là encore, un observatoire citoyen de la qualité s’impose.

POUR LA JUSTICE FISCALE

Je mènerai à bien le PRÉLÈVEMENT À LA SOURCE de l’impôt sur le revenu.

Quel rapport le prélèvement à la source présente t’il avec la justice fiscale ?
Cette justice suppose une contribution de chacun, fonction de ses revenus, et une répartition, fonction des inégalités sociales ; une telle justice réside, pour l’essentiel, dans le barème d’imposition des impôts directs. Une transparence sur les contributions de chacun à l’impôt, et une réforme du barème sont nécessaires pour lutter contre la montée des inégalités.

POUR L’ALLIANCE DES GÉNÉRATIONS

Le titre du chapitre ALLIANCE DES GÉNÉRATIONS est prometteur, mais on y cherchera en vain trace de l’homme ; on y voit la femme au travers de ses droits, la petite enfance, les ainés, les institutions d’éducation ... mais d’homme point. Pourtant, sans hommes, il n’est ni GÉNÉRATIONS, ni ALLIANCE.

- POUR LES DROITS DES FEMMES

Pour LUTTER CONTRE LE SEXISME, je doublerai les moyens à disposition du ministère des Droits des femmes, pour mieux soutenir les associations et mener des campagnes de sensibilisation.

Le projet de doubler les moyens du ministère du droit des femmes pour LUTTER CONTRE LE SEXISME est, paradoxalement, une mesure profondément sexiste qu’il ne suffit pas d’habiller, pour la rendre présentable, des mots de « discrimination positive ».

La brutalité, publique, sociale ou familiale, affecte différemment les hommes et les femmes, mais les touche indifféremment ; les hommes ne sont épargnés ni par la violence, ni par l’exclusion, qu’elle qu’en soit l’origine, publique, sociale, familiale ou individuelle.

Si l’intention du candidat de proposer un programme pour une république bienveillante et humaniste est vrai et sincère, c’est à dire honnête, alors le besoin d’un ministère de l’humain ou des droits humains s’impose, doté de moyens, pour mettre en oeuvre ce programme ; un ministère des droits des femmes ne peut y suffire. Il serait temps que les citoyen(ne)s s’expriment sur la pérennité de la présence au gouvernement d’un ministère du droit des femmes.

POUR DE NOUVEAUX DROITS ET DE NOUVELLES LIBERTÉS
Pour l’égalité réelle, je créerai un CORPS DE CONTRÔLE ANTI DISCRIMINATIONS.

Ce projet est insuffisamment défini pour être acceptable, et de nature à provoquer de nouvelles fractures, sociale et électorale, telle celle provoquée par la loi sur le « Mariage pour tous », qualifié aussi de mesure anti discriminatoire.

Un CORPS DE CONTRÔLE ANTI DISCRIMINATIONS peut être entendu, en langage commun, comme désignant une « POLICE DES MOEURS ».

L’intention politique de cette création, fondée sur l’« égalité réelle » et sur la « discrimination », empiète sur le champ de la morale et déborde de la constitution, car l’« égalité réelle » n’y a pas de sens. L’égalité républicaine, est une « égalité en droit », dans lequel l’égalité est bordée par l’« utilité commune ».

Y avait t’il la moindre utilité commune à ouvrir le mariage aux couples homosexuels ? Aucune.
Y avait il discrimination des homosexuel(le)s par le mariage ? Nullement.

Cependant, il a suffi à une petite troupe de militants Lgbt de crier à la discrimination - supposée, précisons le - pour abattre les murs de la loi, y trouver des serviteurs suffisamment dociles pour abuser du droit et semer la confusion dans la société.

J’ouvrirai l’accès à la PROCRÉATION MÉDICALEMENT ASSISTÉE aux femmes seules et aux couples de femmes.

Voila une seconde proposition profondément sexiste et inacceptable. Le gouvernement précédent l’avait justement écartée après avoir fait des promesses absurdes et imprudentes.

Celle ci est plus dangereuse que la précédente dans la mesure où elle ouvre la porte, et légalise, l’exclusion et l’élimination de l’homme de l’engendrement, et sa réduction à une fonction de donneur de sperme, au moins jusqu’à ce que les avancées de la biologie permettent de le mettre au chômage définitivement.

Seule, la procréation est épargnée, au prix du détournement des techniques et connaissances de la PMA qui est une technique médicale, et dont le contrat avec la société porte sur la réparation de la stérilité des couples.

Cette proposition est fondée sur un discours subversif des valeurs humaines et sur les mêmes confusions en matière d’égalité et de discrimination, que celles du mariage pour tous. En dehors des cas de stérilité personnelle qui nécessitent des soins, Il n’y a, dans l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, ni discrimination à réparer, ni utilité commune.

Pour assurer la reconnaissance de la filiation de tous les enfants, je créerai un STATUT DU BEAU-PARENT et j’élargirai les possibilités de reconnaissance en parenté d’un enfant.

La création d’un statut du beau parent est poussée par les intérêts du lobby des familles recomposées et ne répondent pas à l’intérêt général. le nom lui même, choisi pour ce statut, est inapproprié.

Le danger est qu’une telle création rende plus difficile, pour le parent éloigné, l’exercice de sa paternité ou de sa maternité.

Des préalables existent à l’acceptabilité d’une telle mesure :
- qu’un statut social reconnu soit défini et ouvre les droits sociaux aux « familles décomposées », c’est à dire aux deux familles monoparentales résultant de la séparation des parents.
- qu’un nom spécifique soit donné à ce statut et à la personne qui le porte qui évite toute confusion avec les parents réels de l’enfant.
- que les droits ouverts par ce statut ne créent aucune concurrence nuisible avec les droits du parent éloigné.

J’assurerai un meilleur accès aux SOINS PALLIATIFS. Je garantirai le DROIT À MOURIR DANS LA DIGNITÉ.

Très bien le droit de mourir dans la dignité. Mais le droit de vivre dans la dignité serait très bien aussi.

La présentation du programme a été suivie, le lendemain, de la présentation des données de chiffrage . Voir ici un compte rendu.

[1On trouvera des traces de ce chantier, ouvert en 1994, ici


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