2017 - Babord Toute
En marche vers un futur désirable

Benoit HAMON, vainqueur de la primaire citoyenne

L’allocution au soir de l’élection
lundi 30 janvier 2017 par INVITES

Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,
de l’Hexagone, des outre-mer et de l’étranger,

Mes premiers mots iront d’abord à tous les électeurs de gauche qui ont participé à cette primaire. Votre mobilisation est le signe d’une gauche vivante et vibrante. Elle me donne ce soir une force considérable pour vous représenter et gagner cette élection présidentielle.

Je remercie la haute autorité et son président Thomas Clay pour la qualité de leur travail. J’adresse un salut sincère, amical et chaleureux à Manuel Valls, avec lequel je me suis entretenu il y a quelques minutes au téléphone.

Lors de notre débat, serein, de mercredi dernier nous avons exposé des différences certaines, mais nous avons su dire, je le crois, aussi, qu’elles ne seront pas irréductibles lorsqu’il s’agira d’affronter nos vrais adversaires.

Je remercie avec beaucoup d’émotion tous ceux qui m’ont apporté leurs suffrages ainsi que les milliers de personnes qui se sont mobilisées pendant ces mois de campagne.

Vous êtes le cœur vaillant et battant de la France.

Je mesure, mes chers concitoyennes, mes chers concitoyens, avec gravité et lucidité la responsabilité que vous m’avez confiée ce soir. Votre confiance n’est pas un poids, elle est un élan. J’aurai l’honneur de pouvoir incarner après François Mitterrand, Lionel Jospin, Ségolène Royal et François Hollande vos attentes de progrès, vos espoirs de justice, et je veux en tracer les chemins nouveaux.

J’ai la conviction, que face à une droite des privilèges, une droite conservatrice et une extrême droite destructrice, notre pays a besoin de la gauche, mais d’une gauche moderne, innovante, tournée vers l’avenir, qui pense le monde tel qu’il est et non pas tel qu’il fut, capable d’apporter un futur désirable.

Toute ma campagne a été tournée vers cet horizon. Toutes les rencontres que j’ai faites m’ont renforcé dans la certitude que nous sommes une nation éprise de justice, amoureuse de la liberté, ouverte à la différence et au monde, mais qui s’oublie et se perd quand elle regarde nostalgique vers le passé, se renferme dans les conservatismes, rejoue inlassablement les querelles d’hier.

Il faut écrire une nouvelle page de notre histoire. Que voulons-nous tous ?

Nous voulons nous épanouir dans le travail et à côté du travail. Nous devons donc inventer la protection sociale et le plein emploi du XXIe siècle.

Face aux mutations du travail, à la persistance de la grande pauvreté, à un chômage qui demeure trop haut, et au développement de conditions de vie et de travail précaires, je ne me résigne pas à la fatalité. Le revenu universel d’existence permettra notamment de vivre le travail plus librement, de le choisir plutôt que de le subir.

Nous voulons vivre, aussi, dans un environnement harmonieux, et bienveillant. Notre économie a besoin d’un nouveau modèle de développement qui ne fonde pas toute sa réussite sur la croissance de la richesse économique, mais qui s’engage résolument dans la transition écologique, respectueuse de la biodiversité, de notre santé et de notre cadre de vie.

Nous voulons enfin décider collectivement de notre avenir.

Je veux grâce à une VIe République vous redonner, vous restituer le pouvoir qui n’aurait jamais dû cesser d’être le vôtre.

Mais je veux aussi donner tous les moyens d’une politique d’égalité en faveur de l’école et des services publics, pour que la République soit en actes et pas seulement en mots. Le beau principe de laïcité sera le fondement de la cohésion de notre société.

Je l’ai dit et je le confirme, je ne crois pas en l’homme providentiel. Je ne prétends pas détenir la vérité, je la laisse aux philosophes et aux hommes de foi. Je préfère toujours le "nous" au "je". Ma responsabilité est de vous proposer un chemin que je vous invite à emprunter à mes côtés, lucidement, sérieusement, ce qui n’empêche pas d’être résolu, positif et heureux.

Demain, je veux commencer par rassembler les socialistes, tous les socialistes, parce c’est ma famille politique, et que j’y ai consacré trente ans d’engagement. Je sais ce que je dois à Michel Rocard, à son incroyable capacité à percevoir et anticiper les mutations du monde et à proposer des réponses aussi justes qu’innovantes. Je sais aussi ce que je dois à François Mitterrand, à sa conviction que l’unité de la gauche est le talisman de sa réussite et que les socialistes ne doivent jamais se dérober face aux responsabilités du pouvoir.

Je serai fidèle à ce double engagement.

Il faudra aussi rassembler la gauche et les écologistes. S’il existe des différences, les idées en partage sont si nombreuses. Jamais les forces de progrès ne perdent à se parler, à construire ensemble.

Dès lundi je proposerai donc à tous les candidats à cette primaire, mais aussi à tous ceux qui se reconnaissent dans la gauche et l’écologie politique, en particulier Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, de ne penser qu’à l’intérêt des Français au-delà de nos personnes. Je leur proposerai de construire ensemble une majorité gouvernementale cohérente et durable pour le progrès social, écologique et démocratique.

Je veux enfin, ce soir, parler à la jeunesse française. Chaque génération, disait Tocqueville, est un peuple nouveau.

Je veux vous le dire à vous qui vous êtes impliqués dans cette primaire au-delà de tous les pronostics. C’est à vous de décider quel peuple vous voulez être et dans quelle France vous voulez vivre et faire des enfants. Je suis convaincu que votre énergie, votre créativité, votre solidarité vont montrer la voix à tous les Français.

Bien sûr, les raisons d’être inquiets ne manquent pas, et le monde qui vous est promis est plus instable que jamais. L’accession au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis, la pression que fait peser Vladimir Poutine sur l’Europe et sur la situation au Proche et Moyen-Orient, la menace du terrorisme islamiste jusqu’à nos portes, les périls écologiques qui accroissent la dette que nous avons sur la nature, mais chacun voit, chacun voit bien, que si nous abordons ce défis avec la peur au ventre, nous finirons avec les candidats de la peur.

Je veux donc rassembler les Français, tous les Français, autour d’un futur désirable. Nous allons bâtir une nouvelle France fière d’elle-même. Nous sommes 66 millions de cœurs qui battent.

Ensemble, faisons battre le cœur de la France.

Vive la République, vive la France.


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