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Alternatives économiques

Et si on changeait tout

60 initiatives et propositions pour changer le monde
lundi 20 juin 2011

Face aux défis écologiques, face aux inégalités qui menacent la cohésion des sociétés et la paix du monde, il n’est plus possible de distinguer ce qui doit relever du court terme et du long terme dans les réformes à conduire. Il est désormais nécessaire d’agir sans attendre, pour transformer nos modes de production et de consommation, et rendre nos modes de vie soutenables pour nous et pour nos enfants.
Alternatives Economiques édite un ouvrage de poche qui fait en 60 initiatives et propositions le tour de la question et du monde
Ces propositions sont pour la plupart applicables ici et maintenant et même souvent déjà appliquées, à une échelle réduite. Chacune, prise isolément, ne vient pas modifier radicalement notre société, notre économie, mais mises bout à bout, elles les transformeraient profondément en les rendant bien plus respectueuses de l’environnement et des personnes.

Et si l’économie était au service de tous ?

Introduction de Guillaume Duval :
Ça suffit comme ça ! Après les affaires Enron et tant d’autres en 2000-2001, la crise actuelle confirme, s’il en était besoin, qu’il est plus que temps de limiter les inégalités fantastiques qui se sont creusées depuis trente ans et de faire enfin entrer la démocratie dans les banques et les entreprises. Pourquoi les actionnaires devraient-ils continuer à décider seuls de leur avenir avec les dirigeants qu’ils nomment ? Alors que ce sont surtout les salariés qui trinquent dès que cela tourne mal, ainsi que la société qui les entoure. Sans compter que ces crises impliquent quasi systématiquement que la puissance publique, donc au bout du compte les contribuables, éponge les pertes des acteurs privés pour éviter un effondrement de l’économie.

Ces acteurs privés appliquent en effet sans aucune vergogne, à une échelle tout à fait inédite dans l’histoire, le vieux précepte à la base du développement du capitalisme : socialiser les pertes et privatiser les profits, pile je gagne, face tu perds. Il est donc grand temps que la société mette des limites nettement plus strictes au pouvoir des actionnaires et les obligent à partager ce pouvoir avec toutes celles et tous ceux qui ont eux aussi, comme les actionnaires et souvent plus qu’eux d’ailleurs, des " billes " dans les activités des banques et des entreprises, qu’ils risquent de perdre si les affaires tournent mal. Même si ces " billes " ne prennent pas la forme d’un capital financier.

Par ailleurs, limiter les inégalités, ce n’est pas seulement une question de morale, mais aussi d’efficacité économique : ces inégalités fantastiques et la cupidité sans borne des plus riches sont à l’origine des prises de risque insensées qui ont provoqué la crise d’aujourd’hui. Elles freinent également l’innovation et le dynamisme économique en favorisant la reproduction à l’identique des élites via l’héritage. Bloquant ainsi la montée en puissance des véritables innovateurs. Eux-mêmes de toute façon peu nombreux dans la mesure où la concentration des richesses au sommet de la pyramide limite le capital tant culturel que financier auquel la grande masse de la population a accès.

Enfin, last but not least, ces inégalités fantastiques minent le fondement même de la démocratie : comment croire en effet qu’un homme puisse en valoir un autre quand les moyens matériels dont ils disposent sont aussi fantastiquement inégaux ? Les multiples affaires de lobbying indécent et d’achat de responsables politiques, qui pourrissent la vie de la plupart des démocraties des pays industrialisés, ne sont au fond que la conséquence de ces inégalités injustifiables. Bref, il y a urgence. Voici quelques pistes, sans prétention à l’exhaustivité, pour corriger ces graves dérives.

Au sommaire du chapitre

- Inventer de nouvelles protections
- Faire la révolution fiscale
- S’appuyer sur l’économie sociale et solidaire
- Démocratiser les entreprises

Et 9 propositions
- Et si les membres des conseils d’administration étaient pour moitié des salariés ?
- Et si les femmes brisaient le plafond de verre ?
- Et si on instaurait un salaire maximum ?
- Et si on taxait les très hauts revenus à 80 % ?
- Et si on supprimait l’héritage ?
- Et si tous les salariés étaient syndiqués ?
- Et si on construisait une vraie " sécurité sociale professionnelle " ?
- Et si l’économie sociale et solidaire changeait d’échelle ?
- Et si on coopérait pour habiter ?

Et si on changeait la mondialisation ?

Introduction de Christian Chavagneux : L’heure de la mondialisation heureuse est passée. La croyance dans les vertus sans fin d’une ouverture toujours plus poussée des économies aux échanges et aux mouvements de capitaux internationaux ne fait plus recette. D’abord, parce que cette mondialisation nourrit les inégalités. Certes, l’insertion réussie des pays émergents dans la division internationale du travail a permis à une part importante de leur population de sortir de la pauvreté, et il faut s’en réjouir. Les consommateurs du Nord y ont aussi durablement gagné en pouvoir d’achat. Mais en mettant une population active nombreuse et peu coûteuse sur le marché mondial du travail, les pays émergents pèsent aussi sur l’emploi et sur les salaires du Nord. Si les grandes entreprises, leurs dirigeants et leurs actionnaires engrangent les bénéfices de leur présence mondiale, l’inégale répartition des richesses que nourrit l’ouverture des échanges contribue fortement à cette remise en cause.

La montée en puissance des pays émergents a en effet changé les rapports de force mondiaux. Certains d’entre eux seraient les premiers à bénéficier d’une ouverture commerciale accrue, notamment en matière agricole. D’où le peu d’empressement des pays riches à conclure les négociations commerciales du cycle de Doha. De même, la montée des fonds d’investissement souverains nourrit la crainte de voir des entreprises stratégiques passer sous contrôle étranger. D’où le début de protectionnisme financier des mêmes pays riches. Et les arrivées massives de fonds en quête de rendements rapides dans les Bourses du Sud ont remis au goût du jour les vertus du contrôle des capitaux.

Avant même la crise actuelle, on a fini par comprendre que la mondialisation portait en elle l’instabilité. Même les études du Fonds monétaire international (FMI) montrent que l’ouverture commerciale accroît la volatilité de la croissance. Quant à la crise des subprime, elle a confirmé à l’extrême combien la dérégulation financière généralisée et l’ouverture non maîtrisée aux mouvements de capitaux internationaux entretenaient une finance complexe et opaque, prompte aux dérapages. Des catastrophes difficilement maîtrisables, aussi bien pour les acteurs privés que pour les autorités publiques, et coûteuses en termes de plans de sauvetage et d’emplois perdus.

Enfin, faire voyager sur 12 000 kilomètres des asperges depuis le Mexique pour que les marchés d’Europe puissent en proposer en février, à côté de tomates et de fraises sans goût gorgées de pesticides, ne fait plus rêver les consommateurs. A l’heure où la survie de la planète est en jeu, la mondialisation à outrance n’est plus perçue comme un progrès. Sans prôner un repli sur soi, toujours dangereux pour la paix du monde, il est décidément plus que temps de passer à une mondialisation moins libérale.

Au sommaire du chapitre

- Civiliser le capitalisme pour maîtriser la mondialisation
- Instaurer une démocratie internationale
- Socialiser la mondialisation

Et 7 propositions
- Et si on arrêtait la course au libre-échange ?
- Et si on fermait les paradis fiscaux ?
- Et si on aidait le Sud à s’aider lui-même ?
- Et si l’Europe tirait la mondialisation vers le haut ?
- Et si on élargissait le Conseil de sécurité de l’ONU ?
- Et si on créait un impôt mondial ?
- Et si on réformait les instances économiques multilatérales ?

Et si on se mettait au vert ?

Présentation du ce chapitre par Antoine de Ravignan : Soyez réalistes, demandez l’impossible ! Les utopies dessinées au fil des pages qui suivent ont peu en commun avec ce bon vieux slogan soixante-huitard. Il est frappant de constater à quel point les voies qui permettraient d’assurer la nécessaire reconversion écologique de notre économie - et, entre autres, de diviser par deux les émissions mondiales de carbone d’ici à 2050 - sont au contraire praticables. Et déjà pratiquées, même si c’est beaucoup trop peu.

Il y a vingt ans, quand les Etats s’étaient donné rendez-vous à Rio au chevet d’une planète déjà bien malade, ces utopies paraissaient impossibles. Aujourd’hui, non. Les trajectoires qui permettraient de contenir le réchauffement climatique dans des limites supportables pour l’humanité sont clairement identifiées. Grâce notamment aux formidables progrès de la technologie, elles sont compatibles avec le bien-être des uns et le mieux-être des autres. Leurs coûts, désormais assez bien estimés, sont certes importants, mais pas hors de portée : de l’ordre de 1 % du produit intérieur brut (PIB) mondial à investir chaque année, la moitié de ce que les Etats consacrent à leurs budgets militaires.

Le drame, c’est que le meilleur des arguments qui aurait pu inciter à consentir cet investissement - la raréfaction des ressources énergétiques - vient de mourir. L’économie mondiale est en train de démontrer qu’elle est parfaitement capable de s’accommoder d’un baril de pétrole à 100 dollars. Le choc de 1973 avait été l’aiguillon de " la chasse au gaspi ". Aujourd’hui, le niveau des cours pousse à puiser dans les gisements de pétrole et de gaz non conventionnels que l’humanité a appris depuis à exploiter. Or la ressource est immense et ne s’épuisera pas avant un siècle. Beaucoup trop tard pour anticiper le changement climatique.

Quant aux études selon lesquelles les bénéfices futurs de la transition écologique, en termes d’emplois créés notamment, seront supérieurs aux investissements à consentir, elles sont bien hypothétiques et régulièrement réfutées par les partisans de la thèse inverse. Et quoi qu’il en soit, cette ligne de défense ne tient pas face à l’horizon des décideurs politiques borné par la prochaine échéance électorale. Seule certitude : si nous ne faisons rien aujourd’hui, le monde que nous laisserons à nos petits-enfants sera effroyable. Mais cet argument moral pèse encore moins lourd que les deux précédents.

Qu’est-ce qui pourrait alors rendre l’utopie possible ? Peut-être le ras-le-bol de plus en plus exprimé face à des écarts de richesses devenus insupportables et qui entretiennent un modèle de consommation - vécu par les nantis, rêvé par les frustrés - qui nous condamne tous. Mais à condition que la renégociation du contrat social soit aussi l’occasion de négocier le contrat naturel.

Au sommaire du chapitre

- Avant qu’il ne soit trop tard "
- Une utopie portée par la démocratie

Et 9 propositions
- Et si on payait le carbone à son juste prix ?
- Et si on payait notre dette carbone au Sud ?
- Et si on arrêtait l’étalement urbain ?
- Et si on municipalisait les sols pour maîtriser la ville ?
- Et si on consommait autrement ?
- Et si on luttait contre l’invasion publicitaire
- Et si nos sources d’énergie étaient renouvelables ?
- Et si on louait au lieu d’acheter ?
- Et si on recyclait systémiquement les déchets industriels ?

Et si on réinventait la démocratie ?

Présentation de ce chapitre par Thierry Pech : La démocratie est aujourd’hui perçue par une majorité de Français comme un fait acquis, qui se résume, pour l’essentiel, à des procédures électorales de désignation des gouvernants, des députés et des responsables locaux. Au fond, il n’y aurait là qu’un système de décision destiné à trancher les divergences sur l’exercice du pouvoir par la règle majoritaire.

Chacun sent bien qu’une telle définition est à la fois trop courte et trop formelle pour rendre compte des enjeux. Car la démocratie est en même temps beaucoup plus que cela et il suffit d’énumérer ses autres visages pour mesurer combien elle demeure imparfaite. On se contentera ici d’en mentionner deux.

Tout d’abord, la démocratie est aussi un exercice continu de délibération collective. Elle vit et respire dans les intervalles du suffrage. La légitimité acquise dans les urnes peut être ainsi questionnée chaque jour par la presse, l’opinion publique, les mouvements sociaux… Si elle demeure naturellement éminente, elle doit pourtant faire place à d’autres formes d’expression, qu’il s’agisse des syndicats, des experts, des juges ou encore des autorités de régulation.

Ensuite, la démocratie est un régime de représentation et de reconnaissance. Dans l’idéal, les représentants élus doivent " ressembler " à la diversité des électeurs qui les ont mandatés, de manière à ce que les différentes parties qui composent le corps social - conditions, âges, sexes, minorités, territoires… - puissent se reconnaître en eux et avoir quelque raison de penser qu’ils seront les porte-parole fidèles de leurs intérêts ou de leur sensibilité.

Sur ces deux fronts, la démocratie que nous connaissons reste très imparfaite et source de nombreuses frustrations. Que faire pour la rendre à la fois plus riche et plus conforme aux multiples promesses dont elle est porteuse ? Les réponses sont nombreuses : transformer nos institutions pour les rendre plus accueillantes à la diversité sociale, élargir le cercle et les modes de la participation, faire vivre la délibération à l’échelle locale, au plus près des citoyens, apprendre à faire dialoguer les différentes formes de légitimité. Mais surtout accepter l’idée que la démocratie reste une utopie en chantier guidée par les forces concurrentes d’une quête d’égalité et d’un impératif de liberté individuelle.

Au sommaire du chapitre

- Le défi de s’améliorer sans cesse "
- Redonner du pouvoir aux citoyens

Et 6 propositions
- Et si on supprimait le cumul des mandats ?
- Et si on appliquait la parité en politique ?
- Et si les étrangers avaient enfin le droit de vote ?
- Et si on tirait au sort les sénateurs ?
- Et si on instaurait une démocratie sanitaire ?
- Et si on s’occupait de l’avenir ?

Et si on changeait la société ?

Présentation du chapitre par Laurent Jeanneau :Changer la société, c’est commencer par tirer un trait définitif sur le " travailler plus pour gagner plus ". Pas pour gagner moins, ni même pour se la couler douce, mais tout simplement pour vivre mieux. C’est ce qui devrait être notre priorité, et non cette course en avant où les individus, en compétition les uns avec les autres, s’usent à la tâche dans l’espoir d’arrondir leurs fins de mois. Il s’agit de changer de boussole, de ne plus rester les yeux rivés sur l’évolution du sacro-saint produit intérieur brut (PIB) et de commencer à se préoccuper de notre bien-être collectif. En d’autres termes, il est temps de se poser collectivement la question de savoir ce qui compte vraiment.

Pourquoi, en effet, les économistes seraient-ils les seuls habilités à définir ce qui fait la richesse d’une société ? Il est certes utile de savoir ce que produit un pays, mais c’est un peu court : le PIB ne nous dit rien de notre santé sociale, pas plus qu’il ne nous renseigne sur les atteintes à l’environnement ou sur l’explosion des inégalités. Avec autant d’angles morts, il va être difficile d’éviter la catastrophe.

La critique du PIB n’est pas nouvelle. Il y a plus de vingt ans déjà, le Programme des Nations unies pour le développement proposait une alternative avec son indicateur de développement humain, le fameux IDH. Il s’agissait de ne plus être aveuglé par le niveau de production et d’échange et de s’intéresser à l’état de santé, à l’éducation et au pouvoir d’achat des gens. Bref, de miser sur l’humain. Aujourd’hui, l’IDH n’a pas détrôné le PIB, mais il a gagné en légitimité.

Mesurer autrement la richesse est une chose, reste à traduire cette inflexion en termes de politiques publiques. Les enquêtes sociologiques montrent que le travail, la famille, les relations amoureuses et amicales, la communication et les liens avec les autres sont des valeurs très importantes. En revanche, une fois les besoins essentiels comblés, l’accumulation de biens matériels n’accroît pas significativement le sentiment de bien-être.

Permettre à chacun de satisfaire ses besoins essentiels est donc la priorité. Cela passe par la garantie d’un revenu minimum décent, par la possibilité de se loger dignement et d’offrir à ses enfants un niveau d’éducation suffisant. Au-delà, une politique destinée à améliorer le bien-être général de la population devrait se fixer un certain nombre d’objectifs : prévenir les inégalités de revenus, de genres, de conditions ou encore des discriminations liées à l’origine plutôt que les corriger après coup ; promouvoir des emplois de qualité, qui ont du sens, procurent des revenus suffisants, s’exercent dans des conditions de travail qui n’altèrent pas la santé et permettent de concilier vie professionnelle et vie familiale ; améliorer le lien social, par exemple en valorisant et en encourageant l’engagement associatif ; ou encore faciliter la participation des citoyens à la vie publique et politique. Autant d’objectifs loin d’être hors de portée et qui participeraient à l’amélioration de notre bien-être individuel et collectif.

Au sommaire du chapitre

- Renouer le lien social
- Il est impératif de ralentir

Et 13 propositions
- Et si on mesurait la richesse autrement ?
- Et si on travaillait moins ?
- Et si on payait (mieux) les gens à ne rien faire ?
- Et si on éradiquait l’habitat indigne ?
- Et si on assurait une réelle égalité des chances à l’école ?
- Et si on démocratisait vraiment l’enseignement supérieur ?
- Et si on supprimait les notes et le redoublement ?
- Et si on développait les prêts étudiants ?
- Et si on donnait aux jeunes les moyens de leur autonomie ?
- Et si on instaurait les soins gratuits et universels ?
- Et si les hommes assumaient 50 % des tâches ménagères ?
- Et si on changeait la famille ?
- Et si on instaurait un véritable droit du sol ?


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